‹ Poésies complètesChapitre 36 sur 82 · LA NOCE D'ELVIRE · texte numérisé non relu

LA NOCE D'ELVIRE

ELEGIE

« Jeune fille, où vas-tu si tard ?

» D'où vient qu'à travers la vallée

» Tu portes tes pas au hasard ?

» Pourquoi les égarer dans celle sombre allée ? » Les bergers dès longtemps ont rentré les troupeaux ; » L'horloge va sonner l'heure de la prière, » Et déjà, pour goûter les douceurs du repos, » Le laboureur a rejoint sa chaumière ;

» Et pourquoi fuis-tu le hameau ?

» — Quoi ! vous n'entendez pas le son du chalumeau? » Us sont heureux là-bas, et voici la chapelle » Où ce matin Elvire a reçu ses serments. » J'étais là.... je l'ai vue... 0 douloureux moments ! » Comme il la regardait !... Hélas I elle est si belle !... » Je l'étais autrefois, du moins il le disait; )) Mon regard, mon langage, en moi tout lui plaisaiL n Pour une autre aujourd'hui linfidèle soupire; » Ce n'est plus moi qui fais battre son cœur,

w II ne voit, n'entend plus qu'Elvire ; » Pourrais-je sans mourir contempler leur bonheur ! » Laisse une infortunée à sa douleur en proie ; » Va trouver les vieillards rassemblés sous l'ormeau :

» Mais d'un aussi beau jour ne trouble pas la joie » Ne dis pas que je pleure aux filles du hameau. » Tu les verras courir sur la montagne, » Et, se livrant à mille jeux, » Célébrer par leurs chants joyeux » L'hymen de leur jeune compagne .

» Parmi les doux objets qui frapperont tes yeux » Tu la reconnaîtras à sa blanche parure, » A son bouquet, sa blonde chevelure, » Aux ornements que ma main a tissus, » A la croix d'or, à la riche ceinture

» Que de Tingrat elle a reçus.

» Comme un beau lis tu la verras paraître ; » Et les boutons tremblants des fleurs de l'oranger, » Qui retiennent les plis de son voile léger, » Te la feront encor mieux reconnaître.

» Pour la parer en ce jour solennel,

» Moi-même sur son front j'attachai sa guirlande;

» Des époux j'ai suivi les pas jusqu'à l'autel ;

y> J'ai mêlé mon tribut à leur pieuse offrande :

» C'est alors qu'il m'a vue. . . 0 trop flatteuse erreur !

» Un seul instant j'ai cru revivre dans son cœur : » Il a pâli... Mais un regard d'Elvire

» Sur sa bouche a bientôt rappelé le sourire.

» Ce moment pour jamais a fixé mon destin.

« Adieu; sur mes malheurs, bon vieillard, prends courage » Dans peu les cloches du village » De mes maux t'apprendront la fin. »

Elle dit ; et l'écho fidèle Répéta ses tristes accents.

Un mois après, vers la chapelle Dirigeant ses pas languissants.

Le vieillard aperçut une tombe nouvelle . « Grand Dieu! s'écria- t-il, ta bonté paternelle » A pris pitié d'un sort si rigoureux ! »

Elle n'est plus... Pourtant, à la même heure,

L'écho de la sainte demeure Répèle encor des accents douloureux ; Mais la voix a changé... C'est Elvire qui pleure.

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