‹ Poésies complètesChapitre 43 sur 82 · A SAINTE GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

A SAINTE GENEVIÈVE

Rationne de la France, amour de nos aïeux,

Sur tes autels nouveaux daigne abaisser les yeux.

Ce n'est point le pasteur que la foule accompagni.'

Qui, des cieux enflammés réclamant quelques [>lours.

Promène ton image à travers la campagne,

Pour obtenir de toi des épis et des fleurs ;

Ce sont des rois, sainte bergère.

Ce sont des rois qui viennent te prier; Bénis-les, et devant ta houlette légère

Leur sceptre va s'humilier.

Au nom de ses hauts faits le premier qui t'implore

Est Clovis, ce barbare au courage indompté ;

Des faux dieux il brisa l'autel ensanglanté,

Et du joiu' de la foi son règne fut l'aurore.

Longtemps, chez les chrétiens répandant la terreur,

Ses pas furent marqués par le sang et la flamme;

Mais pour le désarmer, l'arracher à l'erreui-,

Dieu mit tout son pouvoir dans les yeux d'une (emnio

« Ah! lui disait Clotilde en tombant à genoux,

» Reconnais de mon Dieu la puissance suprême;

y Lorsque lu triomphas, il combattait pour nous.

• Les tableaux admirables dont M. le baron Gros orini la •.■ . pôle de réglise Sainte-GeneTiève ont fourni le sujet (!.■ 'M pièce de vers.

» Viens épurer ton cœur aux sources du baptême ; » Viens, le Seigneur t'appelle au séjour des élus; » Dans ces lieux fortimés où la gloire est plus belle, » Où l'âme, pour aimer, doit renaître immortelle, » Où ceux qui se pleuraient no se quitteront plus! » Ainsi l'on \it jadis cet ange de lumière Au premier roi chrétien enseigner la prière; Ainsi Clovis, rêvant le céleste séjour, A la religion arriva par l'amour. Sur tes autels couverts de rameaux et de gerbes, Ce roi victorieux, qu'un regard a soumis. De ses farouches ennemis

Vient déposer les dépouilles superbes, U t'offre encor, pour prix de l'hospitalité, Le vase précieux qui garde l'huile sainte.

Et qu'autrefois dans la divine enceinte La colombe avait apporté.

Ce n'est point le pasteur que la foule accompagne Qui, des cieux enflammés réclamai it quelques pleurs, Promène ton image à travers la campagne. Pour obtenir de toi des épis et des fleurs; Ce sont des rois, sainte bergère.

Ce sont des rois qui viemienl te prier; Bénis-les, et devant ta houlette légère Leur sceptre va s'humilier.

Le voilà devant toi, ce géant des armées ! De ces fiers paladins qui devancent ses pas. De ces casques de fer, de ces longues fraraées. De ces arcs menaçants qui lancent le trépas, Reine de nos moissons, ne t'épouvante pas! C'est le libérateur des fils de l'Allemagne, L'empereur des Romains, le plus grand de nos rois;

Des peuples délivrés qu'il rangea sous ses lois Ce héros a reçu le nom de riiarlemagno; Au-dessus dos vainqueurs cherchant à s'élever, 11 conquit l'univers et sut le conserver; 11 l'oflrit au Seigneur dans sa reconnaissance. Et le Seigneur permit l'excès de sa puissance. L'incrédule a prié devant son étendard; Partout on vit planer son aigle vagabonde; Dans sa main triomphante il renfermait le monde Et le gouvernait d'un regard.

Ce n'est point le pasteur que la foule accompagne Qui, des cieux enflammés réclamant quelques pleui's. Promène ton image à travers la campagne. Pour obtenir de toi des épis et des fleurs; Ce sont des rois, sainte bergère, Ce sont des rois qui viennent te prier; Bénis-les, et devant ta houlette légère Leur sceptre va s'humilier.

Vierge, tu reconnais à sa blanche bannière

Ce royal pèlerin, cet auguste martyr,

Qu'au mépris des périls son peuple a vu partir

Pour délivrer de Dieu la tombe prisonnière.

Hélas! ce grand dessein lui coûta le bonheur

De revoir son pays et sa mère adorée;

Car la mort l'attendait sur l'aride contrée;

Et l'on dit que, jaloux d'un doux et triste honneur.

Le vieux chêne de la patrie, Sous lequel ce bon roi prodiguait ses secours. S'étonnait aux récits de la foule attendrie. Qu'un roi français allât finir ses jours Sous un palmier de la Syrie.

Mais le sort de l'État, mais l'intérêt des Cieux Imposaient à Louis ce pi;ux sacrifice :

La révolte, élevant son front audacieux, Du trône menaçait d'ébranler l'édifice ; Pour régner il fallait ou combattre ou punir; Aux nobles factieux Louis parla de gloire. Et tous, sous ses drapeaux venant se réunir, De leurs ressentiments perdirent la mémoire, Et n'aspirèrent plus qu'à la même victoire. Leurs vassaux gémissaient sous un joug détesté : Louis, prenant pitié d'un si dur esclavage, De ces cœurs abattus ranima la fierté En leur offrant pour prix du saint pèlerinage Le martyre ou la liberté.

Ce n'est point le pasteur que la foule accompagne Qui, des cieux enflammés réclamant quelques pknir; Promène ton image à travers la campagne. Pour obtenir de toi des épis et des fleurs ; Ce sont des rois, sainte bergère.

Ce sont des rois qui viennent te prier ; Bénis-les, et devant ta houlette légère Leur sceptre va s'humilier.

Mais regarde à tes pieds cette illustre victime, Celle qui consolait à travers ses douleurs; Pour la fille des rois qu'un saint zèle t'anime. Réserve des bienfaits dignes de ses malheurs.

Ange de paix, née au sein des alarmes. Son regard sur le ciel est sans cesse attaché; Vois, sous les diamants sou front pâle est catlu'.

Et ses yeux sont parés de larmes!

De cet auguste roi qui prie à ses côtés. De ce noble proscrit elle n'est point la fille : Dans nos jours de discorde et de calamités, La faux de la Terreur moissonna sa familk'.

En vain pour dérober son père au coup fat.il

Elle voulut donner sa vie; Le Ciel n'exauça point sa généreuse envie. Et le sang pur coula sur le trône natal. Ce prince, qu'animait la foi consolatrice, De la religion imitant les héros.

Pour le bonheur de tous s'ofl'rit en sacrifice, Et sa voix, qu'étoufTaient les cris de ses bourreaux.. Les bénissait encor du haut de son supplice. Elle seule resta de ses tristes enfants; Car Dieu voulait qu'un jour ou la vît sur la terre,

Dans sa clémence héréditaire,

Contre ses vengeurs triomphants

S'armer du pardon de son père.

Dans ton saint temple elle vient aujourd'hui Pour un roi fondateur réclamer ton appui. Prépare tous les dons que le Ciel lui destine. Vierge, voilà ses droits à la faveur divine :

Il respecta les pompeux monuments

Grandis dans ses jours de soulVrance ; Instruit par les revers, l'exil et ses tourments. Des lois d'un peuple libre il a doté la France; Et tier de commander à ces nobles guerriers

Dont la gloire encor l'environne,

11 adopta leurs vieux lauriers Pour en parer sa nouvelle couronne !

Patronne de la France, amour de nos aïeux, Sur tes autels nouveaux daigne abaisser les yeux. Ce n'est point le pasteur que la foule accompagne Qui, des cieux enflammés réclamant 'jiielqnes plot rs, Promène ton image à travers la caui{>uguf, Pour obtenir de toi des épis et des fleurs: Ce sont des rois, sainte bergère, Ce sont des rois qui viennent te prier;

m POÉSIES

Bénis-les, et devant ta houlette légère Leur sceptre va s'humilier.

Mais quel homme a passé sous les voûtes du temple? Les rois en s'inclinant ont suivi son exemple; D'où vient que cet asile est soumis à sa loi? Ce n'est point un guerrier, il ne fut jamais roi : Cependant, pour franchir la barrière sacrée. Les princes de la terre attendaient son entrée. On ne voit ni le fer ni le sceptre en sa main ; Armé de ses pinceaux, il ouvre leur chemin; Du trésor de son art enrichissant l'histoire. Des héros qu'il ranime il partage la gloire; Et gravant à jamais leiu's bienfaits immortels, Avec eux il se place au pied des saints autels; Car des rois en ces lieux la puissance est finie. Et l'immortalité n'appartient qu'au génie.

Paris, 21 avril 1825.

M*'^ DE LA VALLIERE'

ÉLÉGIE

A iM. DUCIS

Sous les murs du couvent, dans l'étroit cùnetière, A l'heure où les ramiers commencent à gémir, Où les filles de Dieu n'osent pas s'endormir,

De peur de manquer la prière.

Deux femmes, tristement assises sur la pierre. Se disaient de leurs cœurs les douloureux secrets ; L'astre des nuits à travers les cyprès De la plus jeune éclaire les saints voiles, El sur l'autre attachant ses rayons indiscrets. D'un long tissu doré fait briller les étoiles; Sous le bandeau sacré des sœurs du repentir, La première a caché sa blonde chevelure ; L'autre, que l'élégance a pris soin de vêtir, Des fêtes de la cour a gardé la parare. Le vent qui rafraîchit la brûlante saison Fait frissonner ses vêtements de soie, El sur le funèbre gazon De son riche manteau la pourpre se déploie.

• Tableau de M. Ducis, représentant madame de ta Vallière causant avec madame de Ttiémines dans le cimetière du couvent des Carmélites. Ce joli tableau fait partie de la galerie de S. A. I\. raonsciLMieur le duc d'Orléans.

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Ces femmes, que le monde et le ciel séparaient. Confondaient les accents de leur voix douloureuse : Une seule était malheureuse, Et pourtant toutes deux pleuraient.

Ainsi d'un cœur aimant la pitié vive et tendre Partage nos chagrins avant de les comprendre.

La plus triste accusait l'amour de ses malheurs. Et des tombeaux voisins les ombres indignées S'étonnaient qu'on osât exprimer des douleurs Qui de la mort n'étaient point nées.

Près d'une tombe dont les'fleurs N'étaient pas encore fanées.

« En vain de l'amitié vous m'offrez le secours, » En vain dans ma raison l'on me croit affermie; » Non, loin de ses regards je dois finir mes jours, » Disait la pénitente à son heureuse amie. » J'ai juré de le fuir, Dieu reçut mes serments : » Hélas! ce faible cœur, qu'un souvenir alarme, » S'il revoyait l'ingrat qui cause ses tourments, » A souffrir près de lui trouverait trop de charme !

» Ah! ce cœur dans la tombe est descendu vivant, » Et les austérités de ce sombre couvent » D'un regret criminel ne m'ont point préservée. » En vain de pleurs amers je me suis abreuvée; » Quand des sœurs du Carmel je vins suivre la loi, » J'espérais que son nom, si cher à la patrie, » Ne retentirait plus dans mon àme flétrie; » Mais le bruit de sa gloire arrive jusqu'à moi : » Tout me rend au péril dont je m'étais sauvée; » Ce lieu même où je viens l'oublier aujourd'hui » M'ordonne de prier pour lui.

» Par mille souvenirs je me vois éprouvée :

» Le pauvre en le nommant réclame mon appui,

» Et sur l'aumône enfin son image est gravée.

» Oui, jusqu'au moindre objet, tout combat mes efforts : » Cet emblème de sa puissance, » Ce lis si pur, me rappelant mes torts, » Redemande à mon cœur sa première innocence, y> Et son parfum est un remords !

» Mais comment de l'aimer pouvais-je me défendre, » Alors qu'un peuple entier partageait mon amour,

» Lorsque sans cesse il me fallait entendre » Le riche, l'indigent le louer tour à tour; » Quand la Religion à TÉloquence unie » Créait pour l'éclairer des chefs-d'œuvre nouveaux; » Quand le chantre inspiré, le sage, le héros » Attendaient son regard pour prix de leur génie !

» Toi, dont chacun bénit les nobles sentiments,

» Fallait-il donc que ton âme si belle, » Sans pitié, sans remords, trahît tous ses serments, » Et pour moi seule, hélas ! se montrât si cruelle ? » A l'amour qui brisa nos liens pour jamais, » A ce parjure affreux toi-même n'osais croire, » Et ma rivale encor doutant de sa victoire » Apprit par ma douleur à quel point tu l'aimais !

» Va, ces tendres aveux, j'ai su les reconnaître : » C'étaient les mêmes soins, c'était la même voix, » C'était la même ardeur que je voyais renaître, » Et rien n'avait changé que l'objet de ton choix ! n Profanant sous mes yeux nos plaisirs d'autrefois, » Et de mes souvenirs détruisant tous les charmes, » Cruel, lu n'avais plus un regard pour mes larmes !

» Ainsi celui qu'on aime au prix de son devoir » Est le vengeur des torts dont il fut le complice; » Il commence ici-bas notre éternel supplice, » Et Dicuj pour nous punir, lui remet son pouvoir

» Mais un espoir me reste en ma misère extrême : » Non, la postérité ne me confondra pas » Avec ces cœurs impurs qui, cédant sans combats, » N'adoraient dans Louis que son pouvoir suprême, » Puisqu'à force d'amour j'ai retrouvé l'honneur, Y) Et que son épouse elle-même » M'avait pardonné mon bonheur.

» Ah ! sans ta cruauté je t'aimerais encore ! » Toi seul de tant d'amour pouvais ôhe vainqueur; » A mes maux je devrai le pardon que j'iiriplore, » Et tu m'ouvres le Ciel en déchirant mon cœur !

» Et toi dont si souvent j'ai pleuré la naissance, » Mes remords sont mes droits à ta reconnaissance : » Oui, le jour où, promise à de moins tristes vœux, » Le bouquet nuptial ornera les cheveux, » Ma iille, tu plaindras ma pénitence amère; » Et lorsque loin de moi les devoirs les plus doux » Enchaîneront ta vie à l'amour d'un époux, » Tu pourras sans rougir lui parler de ta mère ! »

Alors on entendit résonner le b;3ffroi : La pénitente sœur, qu'un noble espoir seconde, Plus calme regagna sa retraite profonde, Et son amie alla dans le palais du roi Retrouver en pleurant les délices du monde.

Paris, mai 1825.

LA-T)RUIDESSE

CHANT PllOPUETiyLK

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