‹ Poésies complètesChapitre 44 sur 82 · A M. HORACE VERNET · texte numérisé non relu

A M. HORACE VERNET

Silence !... elle paraît au pied du chêne antique; Le feu de ses regards a dévoré ses pleurs. Et SOS cheveux, mêlés à la verveine en fleurs. Ombragent de son front la pâleur prophétique.

Elle dit : « 0 douleui'! peuple, prosternez-vous; )) Druides, balancez nos étendards funèbres; » Teutalès m'a parlé dans le sein des ténèbres; » Le glaive de la mort est suspeudu sur nous !

» Déjà de nos autels je vois tomber la pierre; » La faucille sacrée a frémi dans ma main ;

» Un Dieu combat noire culte inhumain; » 11 défend de mêler le sang à la prière;

» De la vengeance il a maudit le nom; » Sur ses propres autels, victime volontaire, » A SOS lois il soumet la terre » Par la puissance du pardon.

)) Une reine ^ à ce Dieu servira d'interprète.

» C'en est fait... contre nous son triomphe s'apprête

■ Tableau de M. Horace Véniel.

' Clolilde, femme de Clovis.

» Je l'enlends; à vos fils, à son royal époux,

» Elle parle du Ciel et commande à genoux.

» Les femmes, imitant sa pieuse tendresse,

» Aux horreurs des combats renoncent sans retour;

» Et désormais, quittant l'armure qui les blesse,

» Leur puissance est dans leur faiblesse,

» Et leur génie est dans l'amour.

» 0 rocher d'Erminsul ! ô tombe révérée ! » Vous que ce peuple altier n'approchait qu'en tremblant, » L'ingrat vous abandonne, et sur l'autel sanglant » 11 ne répandra plus la verveine adorée ! » Ce peuple, à la clarté d'un céleste flambeau, » Des plus lointains déserts franchira la distance, » Et jusque sur la mort portant son inconstance, » Ira prier sur un autre tombeau.

» Et toi qui des vainqueurs suspendais la framée, » Chêne ! seul confident de nos destins secrets, ■>■> Au magique pouvoir d'une fleur embaumée 0 Va céder en un jour ta vieille renommée !

» Roi détrôné de nos vastes forêts, » Tu mêleras ton deuil au deuil de nos cyprès; » C'est alors qu'on verra tomber les pleurs du saule ; » Le gui ne ceindia plus le front de nos guerriers;

» Car les nol)les fils de la Gaule

)) Ne cueilleront que des lauriers.

)) 0 berceau des Gaulois ! Armorique sauvage, » Adieu, d'un long oubli tu subiras l'affront, » Jusqu'au jour où sur ton rivage » Naîtra le barde ' au sublime langage )) Dont les chants te ranimeront.

ï L'auteur des Mn.rtyrs.

» Ces chants dans lo passé réveilleront l'hisloire; » Us te rendront à l'immortalité; » Ton malheur deviendra ta gloire » Dès que sa voix l'aura chanté.

>) Mais d'un autre art encor la puissance infinie » Te réserve un autre génie

» Pour retracer ta gloire et tes malheurs; » Par ses brillants pinceaux moi-même rajeunie,

)) Je revivrai sous ses riches couleurs;

» Sa main rendra mon image immortelle.

» Au culte de nos dieux seule restant "fidèle, » Je garderai la harpe et la faucille d'or; » Mes yeux d'un feu divin s'enflammeront encor, » Et les siècles futurs sauront que j'étais belle !

» Non, d'un culte si grand tout ne périra pas :

)) Votre divinité chérie,

» La victoire suivra vos pas !

» Gaulois, vous resterez la terreur des combats, » L'appui des opprimés, l'honneur de la patrie ! »

La vierge alors reprend sa sombre rêverie. Du chêne d'Erminsul disperse les rameaux. Et, plus fière, s'éloigne en répétant ces mots^ Ces mots sacrés : « Honneur, patrie ! »

Ce cri cher aux Gaulois n'a pas été perdu; Les échos de la Seine en résonnent encore; Et la France aux accents de cette voix sonore Par des siècles de gloire a déjà répondu.

Paris, janvier 1825.

IL M'AIMÀIT

II m'aimait!... et mon cœur ne l'a point deviné ! Et l'espoir à mes pas ne l'a point enchaîné ! Je n'ai point reconnu l'amour à son silence, Aux feux dont un regard trahit la violence, A ces ouhlis, ces torts, à cet esprit distrait Qui même au sein du monde est tout à son secret; A ces jaloux dépits qu'un rien calme ou rallume; A ces mots si flatteurs, dits avec amertume; A cet effroi charmant qu'il savait m'inspirer ! Enfin sur son amour tout devait m'éclairer. Et son trouhle et le mien, et sa gaîté factice, Ses soupçons offensants dont j'aimais l'injustice, Sa haine pour les soins que d'autres me rendaient. Et sa protection pour ceux qui m'obsédaienl.

Que de fois j'ai souffert de celte jalousie ! Lorsque d'un peu d'orgueil je me sentais saisie Au bruit harmonieux de ces flatteurs discours. Qu'on sait n'être pas vrais, et qui plaisent toujours; Lorsqu'au bal j'arrivais élégamment parée. Il semblait malheureux de me voir admirée. Et du moindre succès qui pouvait m'éblouir Son absence aussitôt m'empêchait de jouir. Mais c'est dans le malheur que l'amour se révèle :

Et si je m'affligeais d'Ac triste nouvelle.

Si le sort m'accablait on frappant mes amis.

Je comptais sur des soins qu'il n'avait point promis.

L'infortune, le d^euil, les regrets, la soufTiance,

De le revoir soudain nie donnaient l'assurance.

Et je me reprochais d'attendre sans effroi

Le malheur qui devait le ramener vers moi.

Puis quand il revenait, par sa vue embellie.

Quand sa voix triomphait de ma mélancolie,

Quand chacun partageait ma sul)ile gaité.

Lui, s'indignait tout bas de ma légèreté.

Dans le monde on exclut la jeunesse de l'âme :

On veut que la langueur soit l'amour d'une femme;

On la juge insensible alors qu'elle sourit :

On ne croit pas qu'elle aime en gardant de l'esprit;

Aussi, de ma gaité, soupçonnant l'apparence,

11 prenait mon bonheur pour de l'indifférence.

Sans oser l'avouer, je l'aimais cependant.

Et j'avais tant souffert la veille en l'attendant !

Ah! je n'en puis douter au regret qui m'oppresse;

Celui dont la douleur nccnse ma tendresse.

Celui qui pour me fuir a quitté ce beau lieu

Ne serait point parti s'il m'avait dit adieu 1

Mais plein de mon image, et s'affligoant de même, Ne peut-il à :on tour deviner que je l'aime ? Éclairé comme moi par un doux souvenir. Inspiré par l'espoir, ne peul-il revenir ? Ne puis-je désormais lui consacrer ma vie ?... Non... do le consoler la douceur m'est ravie; Non; en cédant trop tard à son charme vainqueur. J'ai mérité qu'une autre entende mieux son cœur; J'ai méi ité qu'il cherche à m'oublier près d'elle. Peut- être en ce moment, sans plaish-, infidèle.

D'un lien sans bonheur il va subie la ioi,^ Et tout en me pleurant il est perdu pour moi

Ainsi, las d'espérer, fatigués de s'attendre.

Deux êtres par l'amour destinés à s'entendre.

Trouvant enfin l'objet qui peut seul les charmer,

•Se quittent pour toujours quand ils allaient s'aimer.

La gloire et le bonheur, sourds à nos voix plaintives,

N'accordent à nos vœux que des faveurs tardives.

Ainsi le vieux poëte à regret voit fleurir

Un laurier qu'à l'amour il ne peut plus offrir.

Après l'orage ainsi s'effeuille l'anémone.

Quand le soleil venait relever sa couronne.

Le matelot périt aux lueurs du fana!

Qui s'allume pour lui sur le rocher natal.

Le guerrier, qui pleurait une gloire flétrie.

Tombe dans le combat qui sauve sa patrie.

Ainsi se perd la vie en des jours douloureux,

Et l'on se sent mourir au moment d'être heureux

Paris, mars 1828.

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