MADAME LA COMTESSE 0 DONNELL
Salut ! champs paternelSj salut ! terre féconde, Dont la brillante gloire étonne encor le monde
Salut ! nobles et vieux remparts, Temple du goût, pays cher aux beaux-aris, Où l'esprit est léger, la science profonde ;
Où, sous le voile ingénieux D'un trait comique et d'un refrain joyeux, La sévère raison se cache avec adresse; Où le cœur, éclairé par un art gracieux. Sans passer par l'ennui, parvient à la sagesse: Où l\.monr est exempt d'une jalouse ardeur.
Où le courage est sans rudesse,
Et la tendresse sans fadeur !
Salut! castels, berceau de la chevalerie; Opulentes cités, dont les peuples divers Honorent à la fois l'élégante industrie ; Qui, portant vos trésors au bout de l'univers. Régnez sur le caprice et la coquetterie 1 Salut ! montagne d'or, pampres dont la saveur Enivre tour à tour l'éradit de Toscane, Les sages d'Albion, le Sarmate rêveur.
Et quelquefois aussi le musulman profane !
2o8 POÉSIES
Salut ! vieilles forêts, refuge du berger !
Vous qu'en vain je cherchais pendant les jours d'orage. Couvrez encor de votre épais ombrage Mon front bruni sous un ciel étranger.
Et vous, fleuves d'azur, réfléchissez ma joie !
Au moment du retour, que votre aspect est doux !
Qu'avec grâce à mes yeux la Saône se déploie !
Du Rhône impétueux que j'aime le courroux I
Que j'aime ces vallons où serpente l'Isère !
Pourtant je les ai vus, ces rivages si beaux
Où le Tibre immortel coule entre des tombeaux ;
J'admirai de ses bords la superbe misère.
Mais les flots sablonneux de ce fleuve agité
De nos fleuves riants n'ont pas la pureté :
Ce torrent qu'à ses pieds l'Apennin voit descendre.
Et que Rome adora dans ses temps fabuleux, Semble, dans son cours orgueilleux.
Des empires détruits rouler encor la cendre.
Heureuse France, ô pays adoré, A des bords enchanteurs, toi que j'ai préféré.
Belle patrie, amour de mon jeune âge.
Depuis l'instant de mes tristes adieux
Ton souvenir m'a suivie en tous lieux.
C'est lui qui présidait à mon pèlerinage ; Chaque objet à mes yeux venait le retracer : Ton nom, gravé partout, triomphait de l'absence,
Et de mon cœur, fidèle à ta puissance, Rome enfin n'a pu l'effacer.
Eh! comment t'oublier sur celte noble terre. De nos guerriers vainqueurs autrefois tributaire. Quand tes fils, des Romams égalant les travaux, Ont paré leurs États de monuments nouveaux; Quand, des Alpes brisant la couronne glacée.
POÉSIES 2o9
Nos soldats, que suivait la victoire empressée, rrayanl vers l'Italie une route à son char, Ont aplani ces monts qu'avait gravis César *.
Là sont inscrits les faits que la valeur enfante; Là tout parle de nous : modèle de vertu, Sur les bords du Tésin, Bavard a combattu; Ravenne de Gaston vit la mort triomphante ; Nos vieux exploits. Milan se les nppelle aussi, Kt ses remparts tombés nomment Montmorency.
Ces lieux ont vu depuis notre vaillante armée Meritor des Romains l'antique renommée.
Sur ces monts, dans ces champs qu'ils rendirent fameux, Naguère les Français ont triomphé comme eux; Et, nous citant déjà, la Muse de l'histoire S'étonne, en comparant la superbe mémoire De ces Romains qu'elle aimait à chanter, ^>u'à tant de monuments, de souvenirs de gloire, Un autre peuple ose ajouter.
Ainsi, dans le passé nos héros se confondent, D'Arcole et de Zama les échos se répondent; Ainsi, devant le pont d'Horatius vainqueur. Lorsque de ce haut fait on vantaiWa merveille, Nul sentiment jaloux ne vint troubler mon cœur : Sur le pont de Lodi j'avais passé la veille.
• Les Jardins publics à Venise, l'arc du Simplon, la PoiVa Ticinense, le cirque, et la façade du Dôme à Milan, sont dus aux travaux des Français. La route du Simplon, qi.i rappelle les plus beaux ouvrages des Romains, fut égaleraenl entreprise et idievce par eux, dans les premières années du dix-neuvième -i^cle. [llinérain d'ïliilk.)
l'n jour, au voyageur racontant nos succès, De même on vantera l'Horatius français; Et de ces ponts rivaux les arciies fraternelles.
Se rejoignant dans l'avenir,
Resteront comme un souvenir
De nos deux gloires éternelles.
Combien j'ai ressenti de joie et de fierté En voyant les restes antiques De ce théâtre aux cent portiques ^^u'aux ravages du temps nous avons disputé ! Ces marbres érigés aux vertus d'un grand homme, Ces temples, les Français les ont rendus à Rome : Ils ont su retrouver, par leurs constants efforts, Ce Forum que Trajan consacra par ses fêtes. Non contents de régner sur ces illustres bords. Jusqu'au sein de la terre, où dormaient ces trésor!;, Ils ont poursuivi leurs conquêtes.
0 France ! reconnais ton empire sur moi :
J'ai >ti Naple... et mes vœux sont encor tous à toi !
Naples, divin séjour, jardin de l'Italie,
Où le palmier grandit sous un constant soleil.
Où l'orgueil se repose, où la gloire s'oublie ;
Où, d'un volcan muet redoutant le réveil.
On voit par le danger la paresse ennoblie;
Où, joyeux sans sujet, enivré sans amour,
Agité sans désir et rêveur sans tristesse.
Des vagues mesurant la lenteur, la vitesse,
Une barque lointaine occupe tout un jour;
Où, sous les doux regards de l'objet qu'on adore.
Le bonheur le plus pur s'embellirait encore ;
Où l'on souffrirait moins d'un regret douloureux,
Où dans l'exil enfin l'on pourrait être heureux!
Cô séduisant aspect, cette vague existence, Pouvaient seuls un moment e'gaier ma constance. Ah ! je n'en puis doutei-, l'attrait de ces beaux lieux Inspira le pouvoir, le charme insidieux, Vainqueiu" de ce héros si fier dans les alarmes, Qui sous le myrte en fleurs laissait rouiller ses armes
Le Tasse l'avait éprouvé Ce pouvoir qui, régnant sur lui cœur captivé. Rend l'amour indomptable et la valeur timide, Et c'est Naples qu'il a rêvé Dans les enchantements d'Armide.
C'est non loin de ces bords chéris.
Sous les orangers de Sorren le.
Au sommet des rochers fleuris Où vient mourir la vague transparente, Qu'il traça des plaisirs la peinture enivrante. J'ai voulu voir le limpide ruisseau
Dont la Nymphe aujourd'hui le pleure.
J'ai visité la riante demeure Où, sous les verts lauriers, fut placé son berceau ; Et de tant de beautés la superbe harmonie. Ce Vésuve, ces mers, ce ciel éblouissant Hue ses premiers regards bénirent en naissant,
•M'ont expliqué l'éclat de son génie.
Mon àme, en l'admirant, fut jalouse une fois De la fière Italie où retentit sa voix ; Mais, cessant d'envier ce fils qu'elle déplore, Et qu'un funeste amour à la gloire immola, l'invoquai les talents dont la France s'honore, Et mon orgueil se consola î Je me souvins que, dans le cachot sombre Où j'allais à Ferrare implorer sa grande ombre,
J'avais lu le nom si vanté Du poëte français cher à la liberté.
Qui joint, noble héritier du chantre d'Athalie, La lyre de Tyrtée au masque de Thalie ^ Puis, tournant mes regards vers ces îles d'azur Qu'en ses chants célébra l'heureux amant d'Elvire, Mon cœur se rappela son sublime délire. Sa piété si tendre et son amour si pur. Par les derniers adieux de celle qui l'inspire
Là tout semble encore animé ; Et de la nuit le souffle parfumé, Le doux frémissement dos voiles du navire. L'écho de leurs accents comme autrefois charmé.
Tout ce qui chante, aime et soupire.
Redit encore : « Ils ont aimé ^ ! »
Oui, même dans les arts où l'Italie est reine, Nous obtenons ses suffrages flatteurs ;
Du savant troubadour des rives de la Seine Elle applaudit les accords enchanteurs ^. S'U fut un temps où les rivaux d'Apelle Venaient chercher des couronnes chez elle, C'est parmi nous qu'on les brigue aujourd'hui :
' Le nom de M. Casimir Dclavigue est inscrit sur le mur de la prison du Tasse, à Ferrare, auprès de celui de lord Byron.
' Tout le monde connaît la méditation poétique de M. de Lamartine qui finit par ces vers :
« Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, » Que les parfums légers de ton air embaumé, » Que tout ce qu'on entend, l'on \oit, ou l'on respire, » Tout dise : Ils ont aimé! »
' L'opéra de h Bame blanche, de M. Boïeldieu, traduit en italien, a été représenté l'hiver dernier à Naples avec le plus grand succès.
Notre école est des arts le modèle et l'appui.
Et ce peintre fameux que Rome avait vu naître ',
Quitlant le Capitole et les cieux paternels,
Parmi nos talents immortels
Est venu se choisir un maître.
Les Français, l'arrachant au céleste séjour. Adoptèrent Psyché dans leur reconnaissance ; Et vonliirent près d'eux enchaîner sans retour Ce mortel qui, des dieux égalant la puissance,
Sut l'animer comme l'amour.
Je venais d'admirer ces longs cheveux d'ébène. Ce regard à la fois sévère et séduisant
De ces beautés, dont le front imposant
Révèle encor la majesté romaine :
Humble pour mon pays, que pouvais-je opposer A cette gloire héréditaire?
Notre élégance et notre grâce à plaire : Avec ces faibles dons comment rivaliser? Mais aux bords de l'Arno quel bruit se fait entendre? Quel char vient de passer sous ces ombrages frais' D'une jeune étrangère on vante les attraits ^, L'air noble et gracieux, le regard doux et tendre; Pour la voir, les sentiers déjà sont envahis. On admire son teint, sa blonde cheyelure;
Et le bon goût qui règne en sa parure A dit le nom de son pays.
Cet hommage éclatant vengerait de l'envie. Un murmure flatteur alors la précéda; Et bientôt, m' approchant de la foule ravie. Je reconnus la belle Ida.
' M. Gérard, né à Rome, est élève de David. ' Madame la duchesse de Guiclie était à Florence an mois de juin 1827.
A ce brillant succès à peine elle osait croire ;
Moi seule en goûtai le plaisir:
Et, toute à la tierté qui venait me saisir,
« Ah! m'écriai-je, encore une -victoire! » Ainsi, mille sujets de nous glorifier Dans la noble Italie ont su flatter mon âme. Depuis le souvenir de notre honneur guerrier
Jusqu'à la beauté d'une femme.
Mon pèlerinage est fini.
Je rapporte, ma sœur, de Rome antique et sainte, L'albâtre d'un tombeau par les siècles jauni.
Des chapelets d'agate et d'hyacinthe, Ouelques vases d'argile, et du laurier béni.
Si pour l'amour l'absence est dangereuse. L'amitié sait la vaincre et n'en fait point serment;
Et des plaisirs d'un voyage charmant
C'est près de toi que je viens être heureuse. Ces applaudissements qui vous sont parvenus
Ne flattaient que mon espérance; Pour jouir des succès loin de vous obtenus, Je les imaginais dans notre belle France : Tel celui qui, cherchant des arbustes nouveaux, Dans le doux nom des fleurs met toute sa science. Sous de lointains climats, brûlant d'impatience, Rêve dans son pays le prix de ses travaux. Car il ne jouira des trésors qu'il étale. Du rameau précieux qu'il vient de conquérir Sur les rochers déserts de l'île orientale. Que le jour où, grandi sur la terre natale. Ses regards le verront fleurir.
Je reviens dissiper le vain bruit qui t'alarme ;
De ces beaux lieux, ma sœur, j'ai senti tout le charme
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Mdiâ loin de mon fays, buus les plus doux climats, L'n superbe lien ne m'enchaînera pas.
Non : l'accent étranger le plus tendre lui-même Atliisterait pour moi jusqu'au mot : Je vous aime.
Un sort brillant, par l'exil acheté, Comblerait mes désirs 1... Ma sœur n'a pu le croire. D'un plus noble destin mon orgueil est tenté ;
Un cœur qu'a fait battre la gloiie ^ Reste sourd à la vanité.
Ce bonheur dont l'espoir berça ma rêverie, Nos rivages français pouvaient seuls me l'offrir. J'ai besoin, pour chanter, du ciel de la patrie : C'est là qu'il faut aimer, c'est là qu'il faut mourir. Hélas! si le malheur finit mes jours loin d'elle, Qu'on ne m'accuse pas d'une mort infidèle : Jure de ramener dans notre humble vallon Et ma harpe muette et ma cendre exilée. Ah ! sous les peupliers de notre sombre allée,
Une croix, des fleurs et mon nom Charmeraient plus mon ombre consolée
Qu'un magnifique mausolée
Sous les marbres du Panthéon,