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LA FOLLE

DBS CHAMPS-ELYSÉES

Déjà, dans les jardins de la cité joyeuse,

Le soleil, commençant sa marche ladieuse.

Ramenait le printemps, ses brillantes couleui's.

Ses premiers chants d'amour et ses premières fleurs.

A ses nouveaux bienfaits chacun rendant hommage,

.\llait de nos ormeaux épier le feuillage.

Feignant de se soustraire aux yeux qui les<:herchaiciif.

Sous leur voile léger les femmes se cachaient.

Ici, fendant les airs dans leur course rapide,

(^ent chars font admirer le talent qui les guide.

Là, le jeune imprudent, par l'obstacle irrité.

Soumet avec adresse un coursier indompté.

Mais bientôt, parmi ceux que son péril attire,

11 a vu la beauté dont il chérit l'empire;

Soudain, pour déjouer sa trompeuse froideur.

Du coursier hennissant il excite l'ardeur;

Tremblante, elle s'arrête et le danger redouble.

Elle ne peut cacher sa pâleur et son trouble...

0 bonheur! il surprend un regard inquiet,

L'n cri s'est échappé du cœur longtemps muet;

Enfin, tout secondant son imprudente ruse,

Il obtient par l'effroi l'aveu qu'on lui refuse.

Insensible à ces jeux, à l'ombre des lilas. De l'enfant de ma sœur je surveillais les pas. Toute au bel avenir que l'esjjoir imagine. Ma gaité se mêlait à sa joie enfantine;

Sans les avoir compris, j'écoutais ses discours, Attentive au seul nom qu'il répétait toujours. On eût dit que, touché des vœux d'une âme tendre, il me parlait d'Alfred pour m'aider à l'attendre.

Tandis que je rêvais à des plaisirs si doux. Une femme immobile avait les yeux sur nous; Dès longtemps ses regards m'obs-ervaient en silence. Tout en elle annonçait une ancienne opulence : Les lambeaux d'un long voile, autrefois précieux. Dérobaient la pâleur de son front gracieux ; Son beau sein se cachait sous des gazes fanées ; De rubis, de saphirs, ses mains étaient ornées; Et quelques fleurs paraient ses vêtements de deuil. On lisait dans ses yeux la tristesse et l'orgueil... Ah ! pensai-je en voyant sa misère et ses charmes, Pour flétrir tant d'attraits qu'il a fallu de larmes !

A ce pénible aspect, le cœur saisi d'effroi.

Je me lève... Aussitôt elle marche vers moi :

Je veux fuir; mais, cherchant à dissiper ma crainte.

Elle me dit ces mots d'une voix presque éteinte :

« Ne hâte point ta marche ! ah ! daigne me parler. » Je ne puis t'ofifenser, ne crains pas mon délire; » Laisse-moi voir tes traits, montre-moi ton sourire : )) Il t'aime, et pour lui plaije il faut te ressembler! » Hélas ! dans les accès de ma jalouae rage, » J'ai déchiré mon voile et mes brillants atours; » Mes mains ont tout brisé, hors ce précieux gage, » Cet anneau, souvenir du plus beau de mes jours ! » Au sein de mes transports j'ai su le reconnaître, » La raison, à sa vue, en moi semb'a renaître, » Et ma démence enfin n'a respecté que lui. « Mais je veux, comme toi, me parer aujourd'hui. » Oui ! j'aurai ta dén:arche et tes grâces touchantes,

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» Je rirai... j'apprendrai les airs que tu lui chantes; » J'aurai la même écliarpe, et mes cheveux épars, » Tressés comme les liens, tromperont ses regards. » J'imiterai ta voix afin qu'il me réponse; » Je veu.v que malgré lui son amour nous confonde ! » Ne me reluse pas, je l'implore !... » — A ces mots. Pensant que la misère est le plus grand des maux, L'enfant qui me suivait, à cette infortunée. Vint pour donner l'aumône au pauvre destinée; Car le joyeux enfant, qui veut sécher des pleurs. Croit qu'un même secours sert à tous les malheurs.

Mais de cet humble don justement offensée :

« Tu ne me comprends pas, répondit l'insensée;

» Lui, m'insultait aussi par la même pitié :

» Pom" calmer les tom-menls dont j'étais poursuivie ,

» 11 prodigua son or... il parla d'amitié...

» Quand un seul mot d'amour m'aurait rendu la vie !

w Tous me persécutaient dans leur aveuglement.

» Les cruels ! dans leurs soins plus barbares encore,

» Ne pouvant expliquer le mal qui me dévore,

» Ils ont pris ma douleur pour de l'égarement !...

» Va, lorsque pour une autie il t'aura délaissée,

» Garde-toi de montrer tes pleurs, ton désespoir;

» Ils viendront dans tes yeux épier ta pensée;

» Ah! frémis de tomber vivante en leur pouvoir!

» Ou bientôt, loin de lui, par son ordre enchaînée,

» Il te faudra subir leurs secours inhumains :

» Au fond d'un noir cachot tu te verras ti'aînée,

» Et des anneaux de fer déchireront tes mains.

» Alors je t'apprendrai comment, dans le silence,

» On peut de ses tyrans tromper la vigilance.

» Mais le Ciel en courroux à ton cœur agité

« Ne rendra pas le calme avec la liberté.

» En vain ce cœur flétri gardera l'innocence.

fi){j POÉSIES

» Chacun dans les regrets croira voir des remords;

» La prière sur toi n'aura plus de puissance;

>! En proie aux noirs soupçons, aux furieux Irausporlï,

i^ Tu deviendras cruelle en ta douleur amère;

» Tu verras sans pleurer les larmes de ta mère;

V Ingrate, quand tes soins devraient la secourir,

» Tu lui répéteras toujours : « Je veux mourir !...

» Oui, mourir... » — A ces mots, interdite, égai'ée,

i*ar un objet lointain sa vue est attiiée;

])e son sein palpitant part un cri douloureux...

Ah! combien, révoltée à cet aspect affreux.

Je haïssais l'auteur de ce fatal délire !...

J'aurais voulu savoir son nom pour le maudire !

Mais en plaignant ces maux plus cruels que la moil,

•le me souvins d'Afred, et je bénis mon sort;

A ses soins, son amour, mon âme accoutumée,

Sentit plus vivement le bonheur d'être aimée.

Eu cet instant, l'enfant dont je guidais les pas S'écria : u C'est Alfred ! » et courut dans ses bras. « Alfred!... » redit alors une voix déchirante; Et soudain, à mes pieds, elle tomba mourante, Celle dont malgré moi j'avais fait le malheur. * Le rire fit trembler ses lèvres sans couleur. Et des larmes de sang rougirent sa paupière. Son corps resta sans vie, étendu sur la pierre; Les soins même d'Alfred ne purent la sauver. Et mes rêves d'amour venaient de s'achever... J'avais lu mon destin sur ce pâle visage... Alfred a confirmé cet horrible présage; Et, bientôt, subissant la même trahison, Pour souffrir plus encor, j'ai gardé ma raison 1...

Faiis, mai 1S36.

LE HETOl R

ÉPITRE A MA SOCIR

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