L'UNE OU L'AUTRE
Si tu l'aimes encor, pourquoi troubler ma vie?
Pourquoi jeter l'effroi dans son âme ravie?
Pourquoi ton faible cœur, trop prompt à s'enflammer.
Vient-il m'offrir des vœux qu'elle doit réclamer ?
Pourquoi, me punissant du crime de te plaire.
Exciter contre moi sa jalouse colère?
Faut-il, déjà tremblante et cruelle à mon tour,
A son juste dépit mesurer ton amour?
Pour croire à t^ aveux, pour calmer mes alarmes,
Dois-je sur mon bonheur interroger ses larmes?
Ou, sans crainle livrant mes destins à ta foi.
Pour soumettre ma vie à ta charmante loi.
Pour être heureuse enfin, me faudra-t-il attendre
Que son cœur, devenu moins crédule et moins tendre,
De ses premiers serments cherche à se délier?
Hélas! je sens déjà qu'on ne peut l'oublier;
Et si mon sort dépend de son indifférence.
Ma faiblesse me dit qu'il n'est plus d'espérance !
Avant de la trahir n'as-tu point combattu? L'amour a ses devoirs ainsi que la vertu. Douter de tes remords serait te faire injure ; Combien tu dois souffrir de ce double parjure ! Quels ennuis sont les tiens quand, prêt à me revoir, Retenu par sa joie ou par son désespoir, . Aux plus cruels tourments ton absence me livre !
Dans CCS brillants salons où le plaisir enivre,
Dis-moi, l'art de tromper le seniblc-t-il si doux,
Lorsque de ma rivale oubliant le courroux,
Et ravi du bonheur qu'en mes yeux tu fais naître,
Près de nous, tout en pleurs tu la vois appaj-aître?
Que de fois, t'arrachant à ce nouveau lien,
Tu blessas mon amour pour ménager le sien !
Kl puis lu revenais à l'heure désirée
Me demander pardon de l'avoir rassurée!
Ah ! cruel, si ton cœur ne peut m'appartenir,
Épargne les regrets à mon triste avenir.
D'un vain rayon d'espoir n'éblouis point mon ùme ;
Cache-moi ce sourire et ce regard de flamme.
Dont le pouvoir m'enchaîne et m'allire vers toi ;
Du danger de t'aimer, par pitié, sauve-moi !
Ne me dis plus ces mots, ces mots pleins de tendresse.
Prononcés en tremblant, jetés avec adresse.
Et dont le charme, hélas ! se fait encor sentir
Même quand le parjure a pu les démentir.
Fuis! de ta trahison ne me rends pas complice;
Cet amour partagé deviendrait mon supplice.
Toi-même, m'appelant la cause de tes torts.
Dans ma félicité ne verrais qu'un remords.
En vain, tout à mes vœux, pour moi brisant la chaîne.
De celle qui t'aima, tu braverais la haine.
Malgré tes soins si doux, ton bonheur, tes serments.
Malgré l'art de cacher tes coupables tourments.
Je lirais dans tes yeux ta pensée infidèie...
C'en est fait... l'ai choisi... Regrette moi près d'elle!