‹ Poésies complètesChapitre 53 sur 82 · A M. A DE V · texte numérisé non relu

A M. A DE V

Quel est donc le socrel de mes vagues alarmes? Est-ce un nouveau malheur qu'il me faut pressentir? D'où vient qu'hier mes yeux ont versé tant de larmes En le voyant partir?

La nuit vint... et j'errais encor sur son passage. Regardant l'horizon où l'éclair avait lui. Sur la route, de loin, je vis tomber l'orage, Et je tremblai pour lui.

J'aimais à contempler celte lueur ardente Qu'il voyait comme moi dans le ciel obscurci, A sentir sur mon front cette pluie abondante Qui l'inondait aussi.

J'allai, cherchant un être ému de ma soufl'rance. Interroger les yeux de son départ témoins... Mais lui !... n'élait pour eux, dans leur indiflerence, Qu'un voyageur de moins.

Nos amis m'attendaient au seuil de ma demeure; Je lus dans leurs regards un reproche jaloux. « L'ingrate ! disaient-ils ; elle souffre, elle pleure, » Et ce n'est pas pour nous ! »

Cependant pour tromper son âme généreuse. J'ai caché ma douleur sous l'adieu le plus froid... Pourquoi de son départ être si malheureuse?... Je n'en ai pas le droit.

Quel est ce sentiment, ce charme de s'entendre. Qui, montrant le bonheur, le détruit sans retour... Qui dépasse en ardeur l'amitié la plus tendre... Et qui n'est pas l'amour ?

C'est l'attrait de doux cœurs, exilés de leur sphère, Qui se sont d'un regard reconnus en passant. Et que, dans les discours d'une langue étrangère. Trahit le même accent.

Tels, voguant loin des bords d'une terre chérie. Deux navires perdus entre le ciel et l'eau. Reconnaissent leurs vœux, leurs destins, leur patrie, Aux couleurs d'un drapeau.

Noble et sainte union, en délices fertile!... Pour nos cœurs fraternels rêvant le même bien, Le champ de la pensée est un commun asile. Et la gloire, un lien.

On parle à son ami des chagrins de la terre ; On confie à l'amoui- le secret d'un instant; Mais, au poète aimé, l'on redit sans mystère Ce que Dieu seul entend !

A M'^ LA MRQUISE DE ^^

En vain vous m'honorez d'un peu de jalousie; Un si flatteur soupçon, hélas ! ne m'est pas dû ; J'en conviens^ dans l'orgueil dont mon àme est saisie. Aux plus hardis succès j'ai souvent prétendu. L'obstacle, les dangers, enflammaient mon audace; J'aurais vu sans effroi le tumulte des camps : Sans effort j'ai gravi des montagnes de glace. Et mes pas ont foulé la cendre des volcans.

J'ai vanté la clémence aux princes de la terre ; La crainte d'un dépit ne m'arrêta jamais. Plus courageuse encor, par un conseil austère. J'osai déplaire un jour à celui que j'aimais !

Ma voix, de parjure incapable.

Sut au pouvoir dire la vérité.

Et dépeindre un amour coupable En conservant sa pureté.

Aux vertus des méchants j'ai refusé de croire ; A ceux qui la causaient j'ai caché ma douleur :

De ceux que frappait le malheur

Ma lyre osa chanter la gloire !

Par de pieux Iranspoils mon génie entraîné Imita du Seigneur la divine parole :

On me reçut poëte au pied du Capitole, Où le Tasse fut couronné!...

Et cependant il est des rocs inaccessibles Où mes pas se sont arrêtés.

Et des triomphes impossibles Que mon orgueil n'a point tentés.

Ainsi, malgré l'élan de cet orgueil extrême, Jamais je n'ai voulu, défiant l'aigle même , M'élancer avec lui dans l'c-pace des cieux, Ni marcher sur les flots d'un pas audacieux!... Ni séduire un cœur — qui vous aime!...

Paris, 1828.

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