‹ Poésies complètesChapitre 52 sur 82 · LE REVE D'UNE JEU^E FILLE · texte numérisé non relu

LE REVE D'UNE JEU^E FILLE

— Avez- vous quelques nouveaux vers à me dire?

— Non ; je ne Iravaille pas depuis quelque temps.

— Cela fst impardonnable.

— Eh bien, donnez-moi un sujet; je le commcDcerai, si vous me promettez de le finir.

— Soit : h Rêve d'une jeune ^lle.

Conversation.' 'ce /'-

L'alùuelle, au matin répondant la première.

S'élève du sillon pour hêler la lumière ;

C'est l'heure où, sur nos yeux, la langueur du somincil.

Prèle à s'évanouir, lutte avec le réveil;

Où les songes légei's que l'aube fait cclore

Se lèvent de nos cœurs, riants comme l'aurore;

Où déjî, transparents, nos rêves ne sont plus

Qu'un fantôme animé de nos désirs confus !

l'avais laissé bien loin les écueils de la vie;

Je touchais à la rive, et voyais sans envie

Mille fraîches beautés éclore en leur saison,

A ce soleil, pour moi si bas à l'horizon !

L'espoir qui les guidait, en les trompant sans cesse,

.N'était plus dans mon cœur qu'un parfum sans ivrCïïC.

Le mien d'un monde à l'autre avait déjà monté;

Immuable, il planait dans l'immortalité!

Mais un astre plus pâle, et dont l'éclat que j'aime

PiCte, comme la lune, un jour à la nuit même,

Le souvenir, doiant los sentiers du lointain. Rappelait mes regards du côté du matin, Et, ranimant pour moi de chères existences. De tombeaux en tombeaux no marquait les dislances. Mes regrets adoucis s'y posaient sans frémir. Us dorment... auprès d'eux j'irai bientôt dormir. Os regî'ets qu'en marchant nous laissons c:i arrière. Ces vides que la mort fait dans noire carrière. Ces blessures du lemps sont moins tristes le soir. On est plus près de l'heure où l'on doit tout revoir. Et chaque amour éteint, chaque amitié ravie, .,.

Semble un gage de plus qu'on jette à l'autre vie!

Mon front avec candeur portait ses cheveux blancs : Je ne rougissais pas de ces traces des ans. Les vieux jours ont leur neige aussi qui les décore; Le couchant d'un ciel pur n'en vaut-il pas l'aurore? Chaque ride à mon front ajoutait un respect; La majesté du temps parlait dans mon aspect; Les enfants à mon col aimaient à se suspendre. Montaient sur mes genoux, et pleuraient d'en descendre.

Alphonse de Lamartine.

<3ar j'avais abdiqué le droit de les punir, l-^t mes tremblantes mains ne savaient que bénir. La jalouse beauté me voyait sans alarmes ; L'amour me confiait son espoir et ses larmes. J'étais heureuse et vieille en mon vague sommeil; Bonheur pur... qu'a détruit un rayon du soleil! Enlevée aux douceurs d'une paix mensongère. Soudain je vois des fleurs, une écharpe légère, Et des rubans d'azur, et des parures d'or. Que le soleil rendait plus brillantes encor; Puis ma robe de bal aux rideaux suspendue!... Et voilà ma jeunesse à ses ennuis rendue!

Que de soins fatigants pour être belle un soir !

Briller est-il un but? plaire est-il un devoir?

Que je hais de ces soins l'importance futile,

La parure si longue... et peut-être inutile!

Que je hais ces beaux ans follement enviés.

Et tous ces vains plaisirs si souvent expiés !

Cet âge de l'espoir, ce printemps qu'on regrette,

Ne promet que tristesse à mon âme inquiète. ,

Jeune, — je sais déjà qu'en nos sombres destins

Les beaux jours sont douteux, — les orages certains;

Que d'inutiles vœux nos âmes sont bercées.

Qu'on nomme illusions mes plus douces pensées.

Qu'il naît daraers chagrins sous d'innocents plaisirs.

Qu'il faut se défier de ses plus purs désirs!...

Semblable au voyageur qui s'arrête... et qui doute.

Tremblante à chaque pas, je demande ma route...

11 pressent comme moi les ennuis du chemin.

Les fatigues du jour, celles du lendemain.

Avant de commencer son dur pèlerinage.

Il sait quels ennemis l'attendent au passage;

II prévoit les dangers qui vont le menacer.

Les fleuves à franchir, les monts à traverser; —

11 sait qu'il est des champs sans riiisseaux et sans ombre.

Qu'il pourra s'égarer dans quelque foret sombre ;

Qu'à l'heure du péril nul n'entendra sa voix,

Que son bâton noueux se brisera vingt fois.

Et qu'il faudra souvent, dans ce voyage aride,

Quitter ses compagnons, — et soupçonner son guide!. .

Comme lui je m'afflige ; et l'aspect du danger.

Même avant le départ, vient me décourager;

Ma jeunesse, déjà de crainte poursuivie.

Calcule tristement la longueur de ma vie.

Un si vaste avenir m'inspire de l'efîroi;

Tout ce que j'aime, hélas! doit mourir avant moi!

Peut-être qu'au foyer, me laissant solitaire, Je verrai mes amis dispersés sur la terre; L'un fuira loin de moi, par le sort emporté ; L'autre en mon désespoir mettra sa vanité. Mes compagnes, suivant des routes dangereuses, Peut-être m'oublîront — en devenant heureuses !... Peut-êlre que Terreur, m'entraînant sans retour. Je deviendrai frivole et parjure à mon tour!... Ah! fuyons-le, ce monde où la candeur s'altère, Où le piège est sans nom, le mal involontaire. Dans ce séjour d'orgueil que trouverais-je, hélas! Di) perfides succès qui ne me flattent pas; Pour un moment d'amour, des haines éternelles ; Des femmes au cœur tendre, et, par dépit, cruelles, Implacables vengeurs des triomphes d'un jour. Dont la rivalité — survit même à l'amour!

Ohl oui, je donnerais ces trésors de mon âge, Ce vaisseau pavoisé pour un si long voyage, Sur une vaste mer voguant avec eflort.

Pour un humble navire à l'abri dans le port... Cette idole nouvelle, aux sublimes oracles. Pour ma vieille patronne aux incertains miracles. 'Je changerais ce voile et ces tissus de fleurs Pour le manteau d'aïeule aux sévères couleurs. Et cette tète blonde à mes parents si chère. Pour leurs vieux cheveux blancs qu'on baise et qu'on révère Je donnerais enfin l'espoir et ses trésors *

Pour un beau souvenir — dans un cœur sans remords !

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