‹ Poésies complètesChapitre 58 sur 82 · MATHILDE · texte numérisé non relu

MATHILDE

C'était dans les beaux jours de l'ère des combats; C'était à cette époque où la gloire était reine ; Quandj sur les monts glacés, sous les brûlants climats, Planait notre aigle souveraine.

Cent beautés des héros accueillaient le retour. La gloire... c'était l'or, la vertu, la noblesse ; Les femmes ne voyaient, lières de leur amour. Qu'un succès dans une faiblesse.

De cette cour brillante, en franchissant le seuil, La plus sage survait un dangereux, modèle : Tendre, elle devenait coquette par orgueil. Et, par élégance, infidèle.

Né d'un de ces amours, liens sans avenir, Un enfant, en secrel, s'éleva pour les armes. Chéri de ses parents, qu'il devait trop punir De sa naissance, par ses larmes.

De soins mystérieux on savait l'entourer ; Mais, triste et solitaire au sein de l'opulence,

1 Uue Nouvelle intilulée Emile, publiée il y a plusieurs années, a fourni le sujet de cette élégie.

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S'il demandait quel nom il devait implorer, On gardait un fatal silence.

Parfois, dans sa retraite, un guerrier triomphant Venait guider d'un mot sa tendresse trompée. Et se plaisait à voir aux mains du faible enfant Son panache et sa lourde épée.

Mais ces soins ont duré le temps de nos succès : Le vieux manteau de cour vint remplacer l'armure ; L'héritier de nos rois revit le sol français. Et l'orgueil changea de parure.

La cour d'un chaste hymen imposait le lien; Et le guerrier choisit une épouse chérie : En ce temps la vertu devenait un maintien ; La prière, une flatterie.

Son épouse était jeune et belle, et ses aïeux Remontaient au berceau de notre vieille histoire ; Alors on repoussa bien loin de tous les yeux L'obscur enfant des jours de gloire'.

Dans le hameau du pauvre à vivre condamné. N'accusant que le sort de sa dure misère. Et se voyant, hélas ! si jeune abandonné. Il pleurait la mort de son père ;

Tandis qu'aux pieds des rois le courtisan guerrier Invoque l'Étemel, vainement le supplie %

D'accorder à ses vœux un fils, un héritier Semblable à celui qu'il oublie !

Mais il grandit; — enfin il connut son vrai nom; Il sut reconquérir un droit qu'on lui renie.

Ah ! dans les nobles cœurs aigris par l'abandon, Le désespoir est du génie !

Je le vis. — Des plus fiers l'estime l'honorait ; Les femmes, devenant son ange tutélaire, De la tendre pitié que son sort inspirait Se faisaient un droit de lui plaire.

Que j'aimai ce front calme... et ce cœur agité. Et, par tant de malheurs, sa jeunesse ennoblie, Ce mélange de grâce et de sévérité.

D'esprit et de mélancolie !

.\u monde avec courage il dérobait ses pleurs ; Moi, je les devinai sous sa fierté frivole ; Je dis : « L'amour coupable a causé ses malheurs : » Oh ! qu'un amour pur le console !... »

Et mon cœur fut à lui!... — Par mes soins assidus. D'un père il retrouva la tendresse ravie ; Maintenant je les vois l'un à l'autre rendus... 11 est de beaux jours dans la vie !

Son père !... il rêve en lui l'espoir de ses vieux jouis. En se voyant chéri, le remords l'abandonne. Et, dans sa joie, il croit avoir aimé toujours L'enfant délaissé qui pardonne.

Villiers-sur-Orge, juin 1831.

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