‹ Poésies complètesChapitre 59 sur 82 · REPENTIR · texte numérisé non relu

REPENTIR

Dans ma froide raison rempli de conQance, J'avais dit : « Nul amour ne saura m'enflammer; » El dès lors j'excellai dans l'aride science De plaire — sans airher.

Près des femmes mon cœur sut feindre la tendresse ; Je devins, composant ma voix et mon regard. Jaloux avec fureur, timide avec adresse. Et simple à force d'art.

Mais l'amour peut glacer la voix qui le blasphème. Contre un doute mortel aujourd'hui je combats : J'ai profané l'amour !... et la seule que j'aime, Hélas! ne me croit pas!

Tout lui paraît un jeu, mes soupirs, mon silence : Je prie, — elle se tait ; je me plains, — elle rit. Ma colère, à ses yeux, n'est que de l'éloquence ; Mon amour — de l'esprit !

0 trop juste supplice ! ô trahison punie !... Mon cœur désespéré demande chaque jour Un mot à la douleur, un accent au génie, Pour attester l'amour.

Mais, hélas ! le bonheur s'apprend par l'espérance ; L'œil reconnaît de loin un objet souhaité j Elle ne peut trouver qu'en son indifférence Tant d'incrédulité !

Ah ! si son jeune cœur du mien rêvait l'empire. Elle en croirait mes vœux, mon regard, mon accent. L'amour cherche l'amour, et, dans ce qu'il insph-e. Reconnaît ce qu'il sent.

Paris, 1830

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