‹ Poésies complètesChapitre 65 sur 82 · DÉSENCHANTEMENT · texte numérisé non relu

DÉSENCHANTEMENT

Dès l'aube on admira mon étoile sereine; Le chemin, devant moi, s'étendait aplani; Mes parents me (latlaient comme une jeune reine. Car j étais un enfant boni.

Mon front était si fier de sa couronne blonde. Anneaux d'or et d'argent, tant de fois caressés ! Et j'avais tant d'espoir quand j'entrai dans le monde, Orgueilleuse et les yeux baissés !

Toutes les vanités vinrent charmer mon âme; L'hommage le plus beau soudiui me fut rendu. Oh ! les brillants succès de poète et de femme, Succès permis et défendu !

La gloire de mon char ne s'est point retirée; L'écho s'émeut encore aux accents de ma voix : II suit toujours mon nom, et ma tête est parée De blond-; cheveux comme autrefois.

Pourtant il est des jours où mon orgueil envie Le nom le plus obscur, la plu? pâle beauté; Des jours d'affreux chagrins, où pèse sur ma vie Une poignante humilité;

Et je me desespère, et je me crois maudite. Et je ne comprends plus ce qu'on aimait en moi... La pensée est si pauvre, et l'àme est si petite Sans désir, sans rêve et sans foi !

C'est que l'orgueil s'éteint quand les pleurs l'humilient C'est qu'il n'est plus d'éclat, ni d'auréole au front; C'est que tous les lauriers, tous les succès s'oublient Quand le cœur a reçu l'affront !

Heureux ceux que le monde a pom'suivis d'outrages. Si des regards amis veillent sur leur tourment ! Un malheur partagé donne tous les courages ; lis se consolent en aimant.

Mais moi... l'amour m' appelle, en vain sa voix me charme; En vain, par la prière, il veut me retenir... Ma douleur le repousse, elle est froide, elle s'arme D'un implacable souvenir.

L'amitié !... je la crains, je l'épie et la juge; Pour suivre ses conseils, j'attends au lendemain ; Comme un héros trahi, qui soupçonne transfuge L'allié qui lui tend la main.

Et j'envie en leur sort ces êtres que l'on pleure. Qui, tombés de leur tige, ont fleuri sans mûrir. Dont le cœur, plein d'amour jusqu'à la dernière heure, Ne s'arrêta que pour mourir.

Qu'importe le destin qui pour moi se prépare. Quand le sol poétique a manqué sous mes pas ? Hélas I le feu sacré, dont le Ciel est avare, Ici ne se rallume pas.

On peut rendre la joie à l'âme qu'on afflige. Au pauvre la fortune, au mourant la santé. Jamais on ne rendra le sublime prestige ,

Au poëte désenchanté.

Paris, 1834.

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