‹ Poésies complètesChapitre 66 sur 82 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

« uii ! dites-moi pourquoi, ma miiiv, » Je souffre depuis ce matin ?

» Pourquoi je ne suis plus légère?

» Pomquoi j'ai dormi dans mon bain ?

» Pourquoi mon aiguille résiste » Sous mes doigts faibles et brûlants ? » Et pour(j[Uoi je me sens si triste ? » Pourquoi mes pas sont si tremblants?

» — C'est l'orage, ma pauvre fille, » Qui t'inspire ce vague effroi, » Qui rouille en tes doigts ton aiguille, » Qui te rend triste auprès de moi.

» Ne vois- tu pas ce gros nuage

» Qni marche et s'avance vers nous?

» Allons, laisse là ton ouvrage,

» Et viens dormir sur mes genoux. »

Elle obéit... elle sommeille; L'orage ébranle la maison ; Mais (juand sa mère la réveille, Le soleil brille à l'horizon.

Alors sa tête se relève ; Elle écarte ses longs cheveux ; Sa tristesse n'est plus qu'un rêve.

Et l'enTant a repris ses jeux.

Folle, elle va mouiller dans l'herbe Sa robe et son petit soulier.

Pour voir de près l'arbre superbe Que la tempête a fait plier.

On ramasse les coquillages Que l'eau du torrent balaya; Tout l'amuse... jusqu'aux ravages De l'orage qui l'efFiaya!

Son àme n'est plus oppressée, Rien ne résiste à ses désirs.

Et de sa souffrance passée 11 ne reste que des plaisirs.

Oh ! joyeuse enfance ! heureux âge Qu'un regard protège toujours !

Brillante saison où l'orage Est le seul chagrin des beaux jours !

Je veux ahisi couler ma vie!

Au sort j e me résignerai :

Par la tempête poursuivie. Comme l'enfant je dormirai.

Poésie, ô sainte chimère !

Viens aussi garder mon sommeil :

Éveille-moi, comme sa mère.

Au premier rayon du soleil !

Paris, 5 août 1835.

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