L'ORAGE
« uii ! dites-moi pourquoi, ma miiiv, » Je souffre depuis ce matin ?
» Pourquoi je ne suis plus légère?
» Pomquoi j'ai dormi dans mon bain ?
» Pourquoi mon aiguille résiste » Sous mes doigts faibles et brûlants ? » Et pour(j[Uoi je me sens si triste ? » Pourquoi mes pas sont si tremblants?
» — C'est l'orage, ma pauvre fille, » Qui t'inspire ce vague effroi, » Qui rouille en tes doigts ton aiguille, » Qui te rend triste auprès de moi.
» Ne vois- tu pas ce gros nuage
» Qni marche et s'avance vers nous?
» Allons, laisse là ton ouvrage,
» Et viens dormir sur mes genoux. »
Elle obéit... elle sommeille; L'orage ébranle la maison ; Mais (juand sa mère la réveille, Le soleil brille à l'horizon.
Alors sa tête se relève ; Elle écarte ses longs cheveux ; Sa tristesse n'est plus qu'un rêve.
Et l'enTant a repris ses jeux.
Folle, elle va mouiller dans l'herbe Sa robe et son petit soulier.
Pour voir de près l'arbre superbe Que la tempête a fait plier.
On ramasse les coquillages Que l'eau du torrent balaya; Tout l'amuse... jusqu'aux ravages De l'orage qui l'efFiaya!
Son àme n'est plus oppressée, Rien ne résiste à ses désirs.
Et de sa souffrance passée 11 ne reste que des plaisirs.
Oh ! joyeuse enfance ! heureux âge Qu'un regard protège toujours !
Brillante saison où l'orage Est le seul chagrin des beaux jours !
Je veux ahisi couler ma vie!
Au sort j e me résignerai :
Par la tempête poursuivie. Comme l'enfant je dormirai.
Poésie, ô sainte chimère !
Viens aussi garder mon sommeil :
Éveille-moi, comme sa mère.
Au premier rayon du soleil !
Paris, 5 août 1835.