LA NUIT
Voici l'heure oîi tombe le voile Qui, le jour, cache mes ennuis :
.Mon cœur à la première étoile S'ouvre comme une Heur de nuit.
0 nuit solitaire et profonde, ïu sais s'il faut ajouter foi A ces jugements que le monde Piunonce aveuglément sur moi.
Tu sais le secret de ma vie.
De ma courageuse gaité;
Tu sais que ma philosophie ^
N'est qu'un désespoir accepté.
l'our toi je redeviens moi-même; Plus de mensonges superflus; four toi, je vis, je souffre, j'aim"-.
Et ma tristesse ne rit plus.
Plus de couronne rose et blanche, Mon front pâle reprend son deuil.
Ma tète sans force se penche Kt laisse tomber son orgueil.
Mes larmes, longtemps contenues, Coulent lentement sous mes doigts, Comme des sources inconnues Sous les branches mortes des bois.
Après un long jour de contrainte.
De folie et de vanité, Il est doux de languir sans feinte Et de souffrir en liberté.
Oh ! oui, c'est une amère joie Que de se jeter un moment.
Comme une volontaire proie.
Dans les serres de son tourment ;
Que d'épuiser toutes ses larmes.
Avec le suprême sanglot.
D'arracher vaincue et sans armes Au désespoir son dernier moi.
Alors la douleur assouvie Vous laisse un repos vague et doux; On n'appartient plus à la vie.
L'idéal s'empare de vous.
On nage, on plane dans l'espace.
Par l'esprit du soir emporté ; On n'est plus qu'une ombre qui passe.
Une âme dans l'immensité.
L'élan de ce vol solitaire Vous délivre comme la mort; On n'a plus de nom sur la terre.
On peut tout rêver sans remords.
D'un monde trompeur rien ne reste, Ni chaîne, ni loi, ni douleur; El l'àme, papillon céleste.
Sans crime peut choisir sa fleur.
Sous le joug de son imposture.
On ne se sent plus opprimé.
Et l'on revient à sa nature Comme à son pays bien-aimé.
0 nuit! pour moi brillante et sombre, >
Je trouve tout dans ta beauté; Tu réunis l'étoile et l'ombre.
Le mystère et la vérité.
Mais déjà la brise glacée De l'aube annonce le retour ; Adieu, ma sincère pensée ; Il faut mentir!... voici le jour.
CHÂiNSO?^
La chose la plus folle Sans peine arrivera, La plus vaine parole Soudain s'accomplira ; Mais jamais mon Isaure,
Tra deri dera, La belle que j'adore.
Ne me trahira.
La Seine vagabonde
A Pékin coulera,
El tout à coup son onde
En vin se changera ;
Mais jamais mon Isaure, etc.
Le feu sans étincelles, Sans flammes, brûlera ; Le Temps perdra ses ailes.
Et Dieu l'arrêtera; Mais jamais mon Isaure, etc.
Ma tante Marguerite D'amour se marîra, Un chanoine hypocrite Un vrai saint deviendra; Mais jamais mon Isaure, etc.
l'no vieille coquellc
Sans rouge sortira ;
Sans faire de toilette
Au bal elle viendra ;
Miis jamais mon Isaure, etc.
(Grégoire le poole
Sans peine rimera.
Et d'un éloge honnête
11 se contentera ;
Mais jamais mon Isaure, etc.
Sans fleurs et sans orages Le printemps passera; Sans pleurs et sans nuages Jeune fille aimera; Mais jamais mon Isaure, etc.
Sans amour, sans courage, Guenier triomphera ; Sans prière et présage Marin s'embarquera ; Mais jamais mon Isaure, etc.
Une semaine entière In chantre jeûnera; A la cour, en litière, Un sauvage viendra; Mais jamais mon Isaure, etc.
l II singe à la grand'messe Avec ferveur prira; D'une sainte promesse Un roi se souviendra; Mais jamais mon Isaure, etc.
La chose la plus folle Sans peine arrivera; La plus vaine parole Soudain s'accomplira ; Mais jamais mon Isaure,
Tra deri dera, La belle que j'adore.
Ne me trahira.