‹ Poésies complètesChapitre 76 sur 82 · LA VESTALE · texte numérisé non relu

LA VESTALE

Les dieux et ton amour; Ne crains pas de Vesta la vengeance suprême : Il n'est point de danger près de celui qu'on aime ! Sans oflenser le Ciel, sans infidélité.

Ton cœur va seulement changer de déité ; Et tes dons vont passer dans la même journée Du temple de Cybèle au temple d'Hyménée. Demain, séchant tes pleurs, près de ton jeune époux, Va, lu ne diras pas que mou sort est plus doux.

Je crois déjà te voir, à ses vœux moins rebelle, Pour la première fois heureuse d'être belle, Et nommant Sylvius le plus grand des guerriers, De son front triomphant caresser les lauriers. Déjà l'heure s'avance où, paré de sa gloire, 11 viendra...

Je lentends! Sous son char de victoire.

Du portique sacré le marbre a tressailli. Ah ! de ton amitié l'oracle est accompli : Il vient, sa voix dissipe une crainte impuissante. Je sens à mon bonheur que je suis innocente!

24 JUIN — 24 NOTE!HBRE

Eh bien! moi, devant Dieu, devant Dieu je l'accuse; Je ne suis qu'une femme, une folle, une Muse!.., Mais mon cœur tout français d'horreur s'est révolté : Je sens parler en moi l'esprit de vérité ; Une fièvre de feu me tourmente et m'inspire... J'entends dans mon sommeil les mères le maudire, Et malgré l'humble arrêt, par ses flatteurs rendu, Je vuis tomber sm' lui tout le sang répandu!..;

Je vous dis, je vous dis que la justice est lente ;

Que lui seul est l'auteur de la lutte sanglante;

Que du sang des Français il s'inquiète peu;

Que notre mort à tous n'est qu'un coup dans son jeu!

Je crie avec mon cœur... Oh! vous pouvez me croire,

Je hais tous les partis, je traite avec l'histoire,

Jo n'aime que la France et j'ai su le prouver...

Je lui pardonnerais s'il pouvait la sauver!...

Mais je vous dis encor que cet homme est coupable !

Et que son propre aveu le condamne et l'accable.

Pendant qu'autour de nous grandissait le péril,

Pendant que nos amis tombaient... que faisait-il?

Partout le sang coulait en fleuves, en cascades.

Jusqu'au front des maisons montaient les barricades,

Dans un cercle de feu la cité s'enfermait.

La mort veillait partout!... lui dormait!... U dormait!

Honneur au défenseur du peuple et de la ville ! Vive l'Endyinion de la guerre civile !

Quoi! le sommeil des camps est l'orgueil des héros... Des héros?... il se peut, mais non pas des bourreaux! Napoléon dormait la veille d'une affaire... •Bien, c'était du courage, et la guerre est la guerre; Maii l'Empereur avait choisi son ennemi ; Dans la guerre civile il n'aurait point dormi. Vous dormiez, général. Hélas! nous, pauvres femmes, Qui n'ayons pas les camps pour retremper nos âmes, Pendant les longues nuits de ces affreux combats, Nous priions, général, et nous ne dormions pas... Fi donc ! . . . Par ce sommeil votre gloire est comblée ; Vous avez obtenu de la grave Assemblée, Avec des mots heureux, des sourires charmants. Pour ce noble sommeil des applaudissements...

0 vous qui lui devez une mort magnanime :

Toi, pontife divin, sa plus balle victime.

Et toi, posthume enfant, qui naîtra pour le deuil.

Toi, précoce orphelin, bercé sur un cercueil,

Frères dépareillés, jeunes filles tremblantes.

Qui n'avez pour trésor que des palmes sanglantes.

Vous tous qui l'accusez au tribunal de Dieu,

Vous qu'il a séparés par l'éternel adieu.

Vous épouses, vous sœurs, vous mères éplorées,

Cœurs brisés, flancs meurtris, entrailles déchirées,

Qui n'avez plus pour fils que de froids ossements,

Avez-vous entendu ces applaudissements?

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