LA VESTALE
Eh bien, ina Valérie, il faut nous séparer;
De la robe d'hymen l'amour va te parer,
Tu vas quitter le temple et tes jeunes compagnes;
Sylvius a du Parthe asservi les campagnes :
Dans Rome délivrée il revient en vainqueui',
Il vient à Valérie offrir son jeune cœur.
Mais, dans un si beau jour, qui peut causer tes larmes
Lorsqu'au sein de la gloire, esclave de tes charmes,
Sylvius à ton sort est fier de s'allier?
VALÉP.IE
A l'autel de Yesta je n'irai plus prier! Mes mains n'oseront plus lui porter une oHVaiuIo ; Des novices déjà j'ai quitté la guirlande; Déjà loin de mon front le saint voile est jeté. Mes accents n'auront plus assez de pureté Pour chanter avec vous l'hymne de la déesse.
Je ii'ubcirai plus à la grande prêtresse.
Quand tes soins veilleront auprès du feu sacré,
Un autre t'offrira le cèdre préparé,
Llmile sainte, les fleurs, l'encens des sacrifices,
Ou des riches moissons les féconJes prémices ;
Et lorsque de mes jours s'éteindra le flambeau.
Si, loin de cet asile, on m'élève un tombeau,
Le lis, emblème pur des jours d'une Vestale,
Ne protégera point ma cendre virginale !
C'en est fait ! je vous quitte; ô mes heureuses sœurs,
Que votre sort obscur m'offrirait de douceurs !
Uion de vos sûnlimciits n'alarme l'innocence ;
Le seul qu'on vous permette est la reconnaissance ;
Votre cœur en jouit sans remords, sans combats;
Au nom que vous aimez vous ne rougissez pas!
Toi, de pressentiments tu n'es point poursuivie ;
Tu connais en un jour tous les jours de ta vie ;
Ton àme est sans rogrel, comme sans avenir,
Pour tui le présent même est un doux souvenir.
.Mais moi, seule, fuyant la déesse chérie,
Exilée à jamais du temple, ma patrie.
Des pièges qu'on ignore en ce chaste séjour
Qui défendra mon cœur?