‹ Poésies complètesChapitre 17 sur 79 · SONNET ANTIQUE · texte numérisé non relu

SONNET ANTIQUE

Pareille au Ijs marin, bercé Par les vagues musiciennes, Son teint est du tien effacé Et tes beautés passent les siennes.

Sous des lunes béotiennes, Bleuissant les sommets g*lacés, Les plus belles nymphes anciennes Avec ta grâce ont dû danser .

VERS DOUÉS

Sois-moi Latone aux yeux d'aurore Ou Nausicaa dont Tamphore De clair de lune se teig'nait

Ou sur l'Olympe aux belles croupes

Que la lumière d'or baignait

Hébé versant aux dieux ses coupes !

FRAGxMENT TRAGIQUE

Mirzaël parle :

0 madame, mon corps sauvag'e et parfumé Vous fit frémir ainsi qu'une forêt de mai, Dont le parfum fait tomber mortes les colombes. 0 madame, mes bras vous furent une tombe, Où vous dormiez parmi des éblouissements. Vous prétendiez alors m'aimer infiniment! Comme de lourds soleils sur des mers inconnues, Vous posâtes sur moi l'éclat de vos chairs nues, Et comme Hécate ardente absorbant les marées, Vous bûtes tout le sang* de mes veines sacrées ! Sous Tardeur de nos nuits des lys eussent germé ! Adieu pourtant! Et puis sachez, si vous m'aimez. Que mon âme d'enfant est encore assez fière Pour ne plus s'émouvoir, Madame, à vos prières!

VEllS DORÉS

Des ruissellements d'or, là-bas, t'éblouiront

Va! mais tu n'auras plus les jasmins de mon front !

Tu me laissas ton cœur ironiquement tendre ; ni C'est qu'il ne dépend pas de toi de le reprendre ; Mais tu n'as plus le mien! Il frissonne, enchanté

P Comme un myrte au vent d'août devant toute beauté. Sans chercher ta rivale, il attend qu'elle vienne ; Et si j'en fais Faveu, c'est pour qu'il te souvienne Que je ne veux plus voir, dût ce cœur en mourir, Mon image en tes yeux profonds se rétrécir !

Je te laisse de moi ce souvenir atroce

Que mon âme est loyale et que ton âme est fausse,

Que tu reg^retteras l'ombre des hauts lauriers,

Et que je te défie enfin de m'oublier I

Tu te réfugieras en vain sous tes sourires !

Toi seule me connus et c'est là ton martyre !

On te verra gisante, en ta stérile ardeur,

Les seins hauts, l'œil tragique et tordant sans pudeur

La fleur de tes cheveux en tes deux mains offertes

Tu mourras de l'horreur de nos couches désertes.

Janvier 1898.

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