CHANT DU BERCEAU
à Maurice Salin.
Corps lumineux, pétri de lait et de rosée, Le feu de ton sourire évoque un Ijs vermeil, Sept anges d'or penchés contemplent ton sommeil Aux fontaines de fleurs portant Turne puisée I
Toi, l'héritier des yeux éclatants de ta mère, Tu naquis sur des flots luisants de nefs couverts, Près d'une mer profonde et lourde de lumière Qui porte et berce des palais en ses plis verts.
Puisqu'un inonde s'écroule et que tu nais quand même,
Que ruisselle mon myrte, en illustre baptême,
Sur ton front pur courbé comme un astre charmant.
Qu'un éclair de ma face illumine tes langes ! Ton nom vivra : car j'ai forgé pour sa louange Ces vers d'airain polis impérissablement !
Janvier 1894.
ORAISOiN SUR DES FLUTES A LA VIERGE D^AVRIL
Elle rirait de mes paroles Si l'ardent désir du baiser Me décidait à lui causer De colombes et de corolles.
Elle aurait peur du fou miroir Que sont mes prunelles naïves Et ses lèvres de pourpres vives N'illumineront point mes soirs !
Pourtant, je veux passer près d'elle Mêlant de blancs camélias Et les roses d'Opliélia Aux fabuleuses asphodèles !
Pour que daigne son œil méchant Me regarder et qu'on lui dise Qu'ainsi qu'une forêt aux brises Un pëuple frissonne à mes chants.