‹ Poésies complètesChapitre 29 sur 79 · HYMNE AUX ROSES · texte numérisé non relu

HYMNE AUX ROSES

à Stéphane Mallarmé.

La sombre Humanité courbe le dos et marche Sous le rouge courroux de vos lampes d'été, 0 Poètes ! — éclat des yeux des patriarches ! — Votre sainte huile, ô fleurs, les sait alimenter.

Lumière des frimas, flambeaux des neiges, torches D'astres dont la clarté teint les pavots vermeils, Elles m'ont révélé les pieds d'Adam qu'écorche La ronce dont sa marche a foulé le sommeil.

Un antique chemin plonge; brûlant d'orties ;

Là, parfois, sur ses mains, l'homme immense est tombé 1

De ses sanglantes nnains les roses sont parties, Fleurs qu'au jardin de TAnge il avait dérobées.

Et c'est depuis ce temps que votre cœur ruisselle Et que vous parfumez nos toits et nos sillons^ Roses luisantes, vous, fontaines d'étincelles, Où s'abreuvent des vols tremblants de papillons !

Partout vous vous dressez, pareilles à des femmes^ Vous exhalez l'odeur du vin et de l'encens, Votre cœur rouge bat des amoureuses âmes Mortes quand le printemps terrible et doux descend !

Vos bras sont teints du sang des vierges égorgées, On a mangé leur cœur quand se levait le jour. — — Héroïnes, sortez des terres ravagées Pour célébrer la sombre gloire de l'Amour!

DAPHNÉ

Que Forage d'été t'éparg'ne et que la lune Qui flotte et s'assoupit mollement sur les eaux, De ses deux lèvres d'or presse ta g'orge brune, Rose des mers, noire princesse des îlots !

Dors sous l'aile de l'aigle^ ô rose des montag'nes, Que tu sois réservée aux couches des amants : Le rire de Vénus se lève et t'accompagne. Sur les sommets d'azur luis éternellement.

Eglantine naissant au bord des marécages, Que toujours tes buissons retentissent d'oiseaux; Rêvant tes avenirs d'agréables bocages.

Souris à la parlante troupe des roseaux !

0 roses des forêts, des rochers, des rivières. Croissez de tout le sang que mon cœur a versé. Au vent harmonieux bercez vos tiges fières Et qu'à ce même vent mes vers soient balancés !..,

Page 1