PAYSAGE FLUVIAL
à Laurent Tailhade.
Le divin fleuve coule entre les lauriers-roses Et des oiseaux muets dorment sous ses berceaux : Sur l'onde molle c^est ta barque qui se pose, Ton g'este d'horizon me désigne les eaux.
Le laurier-rose bat de ses fleurs ton visage,
— Riant, sur tes genoux, un livre est déployé, —
Tu tiens la rame et tu soumets le paysage.
Et mon front, dans les flots de ta robe, est noyé !
Le fleuve se répand et son eau chante aux rives, Une hirondelle boit, parfois, au ras des flots.
DAPHNÉ
— Entends ! Des rossig^nols c'est la troupe plaintive I — La lipjellule, au loin, frémit sur les roseaux.
Soudain un peuplier superbe sort de Tonde
Et domine les lauriers-roses et l'esquif,
Vesper s'allume et l'eau, de ses lueurs, s'inonde;
— Le Soir, au bord du fleuve, est accoudé, pensif.
Et l'étoile du soir luit d'un éclat humide. Les feux de la cité, là-bas, ont l'air mouillés : Une Nymphe blottie en les roseaux nous guide, Et sur l'onde, à tes pieds, je vogue agenouillé.
Princesse des roseaux, te souvient-il, ta rame Soudain pencha sur Tonde une gerbe des bords, Clochettes ou fleurs d'or résonnantes dont Tâme Couchante agonisa dès que le ciel fut mort.
Ces clochettes de soir, nul ne les avait vues; Je ne les reverrai, pas plus que les défunts :
Etaient-ce là des fleurs? étaient-ce des statues De fleurs?... Un crépuscule immense de parfums
Montait d'elles ! Combien tu me parus étrange, Quand j'en fis resplendir ton beau front incliné 1 — Je crois que nous voguions sur le fleuve des anges, Et j'ai failli mourir sous ton front couronné!...
OAPUNÉ