‹ Poésies complètesChapitre 6 sur 79 · VERS DORÉS POUR CHARLES BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

VERS DORÉS POUR CHARLES BAUDELAIRE

La terre merveilleuse où ta proue aspira Et que tu ne conquis qu'en chantant dans les voiles, Nous Tavons fait surgir des mers que consacra L'immersion d'un flot magnifique d'étoiles.

Ton verbe la créait ; mais tu ne croyais pas A la réalité splendide de ton verbe, Et le souffle douteux que soulevaient tes pas Eparpilla toujours Tor pompeux de tes gerbes.

Tu fatiguas les flots de nefs d'airain — courbé Sous des sceptres lointains de palme, aux vierges Iles, Puis tu sentis en toi ta fierté succomber Quand tu compris l'élan de tes nefs, inutile.

VERS DORÉS

II eût été bien mieux de te proclamer roi, De trompes d*or sonnant d'épouvanter les ondes, Et de faire surgir un monde égal à toi Du tumulte pacifié des mers profondes.

Que nous importe, à nous, la révolte des mers, Et qu'il existe ou non une Terre sacrée? — Chaque nuit, le torrent des astres croule et crée Un continent de gemme aux verts palmiers d'éclairs.

Pour en consolider Ferrante illusion, Nous l'immobilisons du poids de notre essence, Et puis nous imposons ces belles visions Qui nous ont investis de leur toute-puissance.

Et le monde agonise en un ricanement, A nos fronts incompris, il prodigue l'injure, — — Le Puits maudit veut rétrécir le firmament. Mais l'azur irrité plane et le transfigure.

Nous nous sommes conquis sur l'antique Univers, Nous le repétrirons, ô Maître, à notre imag^e; Et couronnés d'insulte aussi bien que d'hommage, C'est pourquoi nous passons, portant des rameaux verts.

Nous sommes les enfants élus de la Victoire, Nous rêvons un empire et nous le conquerrons : Mais ton Ombre égarée aux bois expiatoires Nous conduit aux chants clairs de ses pâles clairons.

Quand ton Ombre a passé par nos midis suprêmes, Aux poudres du chemin nous nous sommes couchés : Ton Ombre secoua sur nous, comme un baptême, Les lys élyséens par sa dextre fauchés !

Ah ! verse-nous aussi le pardon des colères Et la coupe d'oubli puisée ati doux Léthé, Et l'on A'Crra passer nos cohortes célères Dans l'éclat pacifique et divin des étés.

VERS DORÉS

Humilie un vain cœur, pour qu'il soit exalté : Sache que l'absolu, pour forme, a la Beauté, Et, grand de tout l'amas des idoles brisées, Luis du baptême clair des profondes rosées.

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