HYMNE A JUPITER
Ainsi qu'un cœur d'enfant qui bat dans votre ventre,
Mères, mères, dans moi Quelque chose bondit! 0 mon luth! sois le chantre Des destins ! Qu'en la vie un hymne immortel entre, Gomme, dans un palais vêtu d'or, entre un roi.
0 mon père dont Toeil lance au loin le tonnerre,
Je porte ton autel Tout entier mais brisé dans ma poitrine amère ; Rien ne peut consoler la douloureuse pierre, Mon cœur tiré du tien, ô père, est immortel.
Mon père, t'ai-je dit, qu'as tu fait de ta race?
Qu'est leur monde pour moi ?
Les portes des maisons se brisent quand je passe ; Pourtant je ne saurais marcher la tête basse, Car en toi seul je marche et mon front est en toi.
Jupiter! Jupiter! jesang-lote; lautomne Prend leurs temples sans art.
Ils n'étaient point à toi, nul œil ne s'en étonne ! Vienne sur eux l'hiver et que ta droite tonne. Père, rends au hasard ce qui vient du hasard.
Ah ! puisqu'ils ont trempé de sacrilèg'es larmes
La couche des époux, Puisqu'un stérile lait enfle des seins sans charmes, Epouvantez les cieux de Téclair de vos armes, Mes frères et mes sœurs, puissants dieux, levez-vous !
La forêt triomphante et de fleurs couronnée Se berce sur vos fronts ;
DOUZE POÈMES
Diane, de tes feux accours environnée ; Bacchus, que soit par toi la vendange sonnée, Sur tes grappes bondis et tonne en tes clairons!
Vide sur leurs cités ton carquois insondable,
Apollon furieux!
Toi qui vis sur ma bouche et t'assieds à ma table, Lève sur eux l'égide, ô Pallas formidable, Toi, leur père et le mien, brise sur eux tes cieux!
Toi qui naquis du temps, père, tu fus le nombre;
Pour rhomme châtié Te voiles-tu de foudre et son cœur devient sombre ; Tes fils sans ton appui sculptent en vain dans Tombre Pandore qui fléchit au poids de ta pitié !
Tu t'abreuvas du lait de la chèvre Amalthée,
Monarque impérieux !
Quand au sommet des monts tu clouas Prométhée, Ta prunelle de pleurs fut longtemps humectée Et ton cœur s'enivra d'un nectar douloureux.
Sache que Prométhée aujourd'hui te vénère
Et qu'il aspire à toi.
Il sait ton cœur réel et pétri de matière, Et brûlé par ta flamme il chérit ta lumière : En rhomme égal aux dieux tu bondis, sainte loi!
Gomme au temps où debout sur ton Olympe, ô père !
D'éclairs environné Sous l'harmonie enfin tu fis ployer la terre, Arme mon bras pieux de l'antique tonnerre, Par toi fais qu'à mes chants un siècle d'or soit né !
Toi par qui Sémélé recevait frémissante
La foudre dans son sein, Cygne engendrant jadis l'étoile éblouissante! — — Au clin de tes sourcils la terre obéissante Chancelle et tout le ciel s'ébranle, ô père saint !
DOUZE POEMES 227