SPINOZA
O Insensata cura de" mortali,
Quanto son difettivi sillogismi
Quei che ti fanno in basso balter Tali !
Chi dietro a iura, e chi ad aforismi Sen giva, e chi segueodo sacerdozio, E chi regnar per forza o per sofîsmi,
E chi rubare, e chi civil negozio, Chi, nel diletto délia carne involto, S'affaticava, e chi si dava ail' ozio;
Quand'io, da lutte queste cose sciolto Gon Béatrice m' era suso in cielo Gotanto gloriosamente accolto,
DANTE. — Paradiso, XI.
La barque humaine atteint les rives de la vie, L'homme surpasse enfin tous les dieux qu'il rêva, A nos fronts la splendeur céleste est asservie Et notre sang" enfante et berce Jéhova.
Jupiter resplendit dans ma belle prunelle, Son inflexible foudre en mes yeux s'amollit Et Vénus m'a donné cette fille immortelle, Fleur d'une larme et myrte illuminant mon lit.
Gomme un puissant soleil ma tête se balance, Sur la lyre du dieu plane un hymne éclatant, L'arc prophétique après des siècles de silence Sous mes mains tonne encore et le jour s'en élance :
Apollon tout entier sur les peuples s'étend. Le souffle qui soutient le vol de mes neuf Muses, Zéphyr entre les bras des légers lauriers verts, D'une flotte enflerait les cent voiles confuses
Et pourrait, sans ployer, porter un univers ! L'harmonie a rompu ma poitrine abondante Et brisé les clairons de Smyrne. 0 vent divin Qu'imprégnait de fureur et d'éclairs le doux Dante,
Tu fis lever mon pain et tu mûris mon vin ! Souffle qui sur Weimar chargeais de feux la nue. Aux ormeaux de Stratford tu chantais et pleurais. Sur mes lèvres tu mis la parole inconnue;
TOMBEAU DRESSÉ A STEPHANE MALLARME
Le laurier élarg*it ses cercles de forêts.
Gomme un troupeau de chiens poursuivant à la nage
Ma nef mélodieuse où sont les immortels,
Mes sombres détracteurs viennent briser leur rage
Contre ses flancs sculptés et ses flottants autels.
L'un d'eux (i) crut me peser aux plateaux en délire De sa fausse balance. 0 foudre, allume-toi ! Serpent que malgré lui savait charmer ma Ijre, Son venin sarcastique a sifflé loin de moi.
Jetez, jetez en moi la fleur de votre rire, 0 Grâces! quand, par vous, tout l'être s'attendrit Gomme un marbre flexible et l'immortelle cire Où la forme des dieux pour des siècles s'inscrit.
Il rit d'un front pesant. Ah! dures sont les pierres, Déesses ! son esprit et son cœur sont plus durs ; L'astre en ses yeux s'éteint sous ses rudes paupières Gomme en une onde épaisse entre d'aveugles murs.
Minerve arma mon sein pour de plus nobles guerres. De l'olivier natal mon luth est ombragé : — Fier du cercle borné de ses courtes lumières, Il l'oppose au soleil. Le soleil Fa jugé.
(i) M. Charles Maurras.
Quand, de mon océan parfait, vaste et limpide
Où roulent spontanés les profonds éléments.
Tu dis qu'il prend son onde au vif ruisseau que guide
Ta main en le flattant, tu sais bien que tu mens !
Quand tu crois que ma voix au monde ait sa pareille, Tu sais bien que tu mens! L'arbre jette ses fruits, L'oiseau, ses œufs brillants, son miel doré, l'abeille. Mais les chants les plus beaux par mon sein sont produits.
Tu sais que jeune encore et tant de fois féconde^ De ma Muse à tout flot le cœur s'est abreuvé, Que j'ai pris dans mes bras, pour le créer, le monde, Et qu'on ne cherche point ce qu'on n'a pas trouvé.
Méchant! tu sais ma joie et tu sais ma souffrance. Mais ton œil luit parfois comme l'œil des bourreaux ! — Grains du myrte, mes pleurs ont parfumé la France, La fleur de joieéclate à mon front de héros.
Ah ! qu'à la liberté ton cœur secret attente, Inconscient Zoïle, et ton cœur confondu Entendra résonner ma trompette éclatante Sur le peuple nouveau des hauts cieux descendu.
TOMBEAU DREvSSÉ A STKPIIANE MALLAUMÊ
Car mes chants dans les cœurs ont semé la patrie, J'ai fait sonner plus haut le beau luth des aïeux, La blanche fleur de France à ma voix refleurie S'épanouit par moi sur la tige des dieux !
Comme un torrent tari l'oubli déjà t'enferme, Ton verbe est mort, ô toi, le dernier des méchants! Apollon a séché son inutile germe, Lui substance immortelle et force de mes chants !
Les jours prêtent des feux à leurs nuits inégales. Muses, plus haut encor ! ! Que les chœurs soient doublés ! ! L'oiseau des moissonneurs a sangloté. Cigales, Eveillez-vous! La lune a la couleur des blés.
Astre doré, vallée aux lignes idéales.
Mer éventant les bois, balançant les nochers, Ton vent, sans les brûler, berce les céréales ; Voile ombrageux des pins, vous tables de rochers!
Là, parmi le trésor des fleurs, des coquillages. J'ai soufflé la tempête en le delphique airain; Bientôt du neuf fois né l'on verra sur les âges Resplendir pour jamais le temple souverain.
L'homme amassa déjà tant de larmes amères, Gomme Aphrodite un dieu sur ces mers va fleurir Des neuf Muses issu, conçu par ces neuf mères! Et dans tout docte esprit cette fleur va s'ouvrir.
Pardonne, ô Jacinthus! si je suspends ton être : Un peu de ta substance, hélas ! a succombé ! .
— Sur sa tig'e un sanglot a secoué mon hêtre Et Tairain des combats de ma lèvre est tombé.
Mon Mallarmé franchit tout rayonnant de force (( Ce peu profond ruisseau calomnié la mort » : Le palmier de Latone, hélas ! perd son écorce, L'automne jaunit Tarbre à ses vents couleur d'or.
Maître, que jusqu'aux cieux ta tombe soit dressée! Qu'on y grave Bacchus, les Nymphes, l'Océan, Toi, pour qui, d'une voix tragique et nuancée, Jeune Sophocle nu j'entonne un beau péan.
Le plus grand de tous ceux par qui vécut la lyre Chante un grand chant d'ivresse avant de t'ériger Un monument léger comme un temple au Zéphyre :
— Près du troupeau de marbre y veille le berger ;
TOMBEAU DRESSÉ A STEPHANE MALLARME
Vénus blesse les mers des feux de son sourire, Sa main berce la vague et le triste orang-er !
De marbre maintenant mes Muses sont vêtues, Posons le luth, prenons le ciseau du sculpteur; De la bouche éclatante et blanche des statues Va s'élancer encore un hymne créateur I
Pour la pensée est-il de plus pompeux spectacle ? Le jeune roi des chants peut-il mériter mieux L'harmonieux laurier, cet arbre des oracles Dont tu paras son front au-dessus de ses yeux ?
Je ne sculpterai point ton terrestre visage : Tu ne fus que désirs, ton être eut faim des dieux ; Bondissez cœurs mortels et toi prends, tendre sage. Ces fruits olympiens purs et mélodieux !
LA FONTAIlNE DES MUSES
à la mémoire de Micheî-ÂDge et de Benvenuto Cellini.
Mais que fcrai-je à ce vulgaire A qui jamais je n'ai su plaire, Ni ue p!ais, ni plaire ce veux?
Porterai-je la boache close Sans plus méditer quelque chose Oui puisse étonner nos neveux?
L'un crie que trop je me vante, L'autre que le vers que je chante N'est pas bien joint ni maçonné ; L'un prend horreur de mon audace.
Et dit que sur la grecque trace Mon œuvre n'est point façonné.
Je déments leur langue au contraire, Gomme l'ayant bien su porlraire, Dessus le moule des plus vieux, Et comme cil qui ne s'égare Des vers repliés de Pindare, Inconnus de mes envieux.
RONSARD. — Odes*
Dixit, ef avertens rosea cervice refulsif, Ambrosiœque comœ divinum vertice odore; Spiravere : pedes vestis defluxit ad imos, Et vera incessu patuit Dea.
VIRGILE. — Enéide y I.
TOMnr AU DÎIESHÉ A STKPHANK MALLARME
Puisque jamais tu ne refuses A mon cœur le choix le plus beau, Phœbus! je veux sur ce tombeau Bâtir la fontaine des Muses.
Un monument sans pareil naît !
L'onde qui de mes vers ruisselle 0 mon cœur ! est fille de celle Qui dans Permesse bouillonnait.
Mon cœur, quel marbre tu découpes Pour Texilé mélodieux?
0 peuples ! c'est Tonde des dieux, Tendez vos lèvres et vos coupes !
Flots pensants, brillez et coulez !
Bercez cette ombre bienheureuse ! — Un profond dôme d'or se creuse Dans les feuillag'es ciselés.
Un dôme splendide couronne La fontaine au flot nourrissant :
Mon cœur ! un cercle éblouissant De neuf colonnes l'environne.
Des tendres couleurs du sommeil J'ai chargé les branches dorées ; Sur les éternelles contrées Le dôme luit plus qu'un soleil.
La colonnade dorienne Se déploie et tourne. A son flanc Chaque pilier de marbre blanc Porte une Muse aérienne.
Euterpe tient un rossig'nol, Uranie à son front assemble Les sphères ; son aile qui tremble Au ciel semble tourner son vol.
Polymnie aux lèvres fidèles Est ceinte de verts orangers Et tient contre ses seins légers Les pâles œufs des hirondelles.
Clio porte un lis blanchissant ; Une cantharide d'or glisse Sur sa tige et de son calice La rosée en larmes descend.