TOMBEAU DRESSÉ A STEPHANE MALLARMÉ
La bondissante Terpsichore Dont l'œil fougueux verse Tété Porte une vague du Léthé Dans sa resplendissante amphore.
Erato porte des bluets ; Galliope, ta belle bouche Semble un géranium farouche Et tes clairons d'or sont muets.
Thalie à sa ceinture attache Une branche de peuplier.
Sous des bandeaux d'épais laurier, Melpomène, ton front se cache.
Au centre, sous le dôme d'or, Le marbre est plus frais que la soie : Au lieu de lumière, la joie L'éclairé à son soleil plus fort.
Le divin marbre mortuaire Se partage en quatre côtés ; Par sa blancheur seraient tentés Les yeux d'Apollon statuaire.
Au sommet de ce bloc charmant D'où la splendeur certaine émane, Sur un chariot d'astres plane, Grave vieillard, le Firmament.
Son pied pousse globe sur g'iobe, Son sein jette des univers.
Il s'élance les bras ouverts Et des brouillards enfie sa robe.
Son œil s'ouvre et fait le matin, La nuit, ses paupières fermées ; Son vol dirige les armées, Son regard lance le destin.
Le front courbé du Ciel s'achève Dans le marbre qui s'interrompt! — L'Océan balance son front, Son corps de vagues se soulève.
Sur la gauche du marbre amer, Vers la tête du Ciel sa tête Se hérisse. Ainsi se reflète Le céleste a^ur dans la mer»
TOMBEAU DRESSÉ A STEPHANE MALLARME
A droite, en un beau corps j'amasse Bacchus épars sous tous les cieux ; Ses cheveux, trésor somptueux, D'or en boucles voilent sa face.
Son beau front crève les raisins.
Il se cache au profond des vignes, Son corps aux languissantes lignes Emerge des pressoirs voisins.
Toutes les Nymphes de la terre L'enveloppent de leurs corps blancs. — Marbre î au troisième de tes flancs Une grotte ouvre son mystère.
Un large bouquet de roseaux L'ombrage; on voit fleurir un arbre.
On croit, malgré leur corps de marbre, Entendre chanter ses oiseaux.
Grotte, qui dira tes merveilles?
Ruches, jardins, fleuves sculptés, Par les collines enfantés, Tendre hameau voilé de treilles ;
Volcans fumeux, lacs et sillons, Cérès accouche dans la plaine ; De troupeaux la vallée est pleine.
Les vents s'enflent de papillons.
Prairie aux couleurs éclatantes, Où tombent les pesants taureaux ; Troènes, ra3^onnants sureaux, Grappes d'abeilles palpitantes.
Grotte ouvragée, antre divin!
L'onde y coule avec abondance ; J'achevais d'y graver la danse Des Satyres quand Vénus vint.
Elle vint du creux des mers pures ; C'était par un soir de juillet; Un flanc du marbre encor brillait Inerte et vide de sculptures.
Bondissant comme un vent d'été Survies prés légers et les sables.
Aux fontaines intarissables Elle vint mirer sa beauté.