‹ Poésies complètesChapitre 79 sur 79 · DOUBLE CHORAL · texte numérisé non relu

DOUBLE CHORAL

(i) Bluets et myosotis, Tristes lilas, violettes !

Dans les grands vents sont partis Les cœurs sanglants des poëtes!

Le mien par Diane aimé Flotte, hostie, aux nuits de mai !

Cuve des fleurs, tendre vin^ Flammes couronnant les tombes I Le chœur des Muses qui vint,

LE PREMIER LIVRE DES ÉlÉGIES

0 nuit blanche de colombes !

M'élut chantre souverain Du mélancolique airain.

(2) Ceins de lierre mon front, roi Des tristesses inconnues I — D'éclairs il charge les nues Et jette un suave effroi Aux angoisses consolées De nos terrestres vallées.

Sublime cœur, ces doux vers A ton ineffable enfance Te trouveront sans défense Dans le mois des arbres verts :

Jupiter fit la mémoire Mère du troupeau de gloire !

Enfant de France, à mon front, Mélange au laurier l'acanthe !

Baise ma lèvre éloquente, Toi que mes fils aimeront I Que tes petits bras couronnent Mes deux tempes qui rayonnent !

ÉLÉGIE XV

Au delà des rayons de leur reg-ard livide,

Loin de leurs péchés capitaux :

De la hideuse envie et de l'orgueil splendide,

Et loin de tes éclairs brutaux, 0 trop courte colère ! élan des cœurs stériles

Qui retombent plus pesamment; (Toi, source des marais, pourriture des îles,

Toi dont chaque admirateur ment, Limon le plus abject, ô paresse! les lèvres

Se taisent s'il faut te nommer); Gourmandise et de toi jetant aux cœurs de chèvres

Le cytise le plus amer ; Et loin de Ta varice, hélas ! le triste masque

D'une secrète pauvreté.

Qui se penchant un jour, Pactole, sur ta vasque,

LE PREMIER LIVRE DES ELEGIES

Fit un métal de ta clarté I Et loin et loin surtout de la luxure, mère

De leur mauvaise chasteté, Qui fait trouver aux sots la nourriture amère,

Friands du festin rejeté, Livre aux dépossédés quelque épouse adultère.

Par qui les fats, chats ou corbeaux.

Mangent des yeux de vierge (et, comique salaire, Sous Torbite sang'lant la bouche les dit beaux!) — Tel unPeau-Roug-eà jeun mang'e,en chantant^la terre

Pillée à de tendres tombeaux ; Hors des cercles maudits qui serrent ta tristesse

D'embrassements infortunés Ne puis-je offrir aux dieux la brillante tendresse

De tes jeunes yeux étonnés Et ne le puis-je aux bords ou tu me fis entendre

Le timbre inconnu des serments I Et n'est-ce point de nous que Vénus sut attendre

Le myrte nouveau des amants ?

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