A MARCEAU
Dans la tombe où parfois tu rêves de la France, Te souviens-tu, Marceau, du lieu de ta naissance, Une ville assez triste avec deux grands clochers, Chartres où l'on entend très peu de bruits guerriers, Mais où le carillon et le cri des corneilles De l'aube jusqu'au soir vous brisent les oreilles? T'en souviens-tu parfois, ingrat?... toujours est-il Que prête à ramener les cendres de l'exil
Ta ville un beau matin s'est de toi souvenue,
Et voulant t'élever d'emblée une statue
Tous tes concitoyens coururent — presque tous —
A la souscription apporter leurs gros sous ! . . .
Chartres pour quelques jours sortant de son marasme
Lue lois par hasard eut de 1 enthousiasme
Et ce brave Préault, l'artiste au cœur de feu,
Dans son cerveau déjà coulait un demi-dieu...
Mais c'était un état pour nous contre nature
Et tout reprit bientôt sa monotone allure,
Les cloches, les cancans, les pâtés, le piquet ;
Notre pauvre sculpteur dut faire son paquet.
— Il n'y faut pas songer, nos charges sont énormes, Nous avons à planter des tilleuls et des ormes, \ tus fûmes obérés par un hiver fatal, Nous n'aurions pas de quoi payer le piédestal, One diable, et notre ville est une ville honnête Qui calcule trop bien pour augmenter sa dette; Il nous reste d'ailleurs des égouls en retard, Finissons-les d'abord et nous verrons plus tard... Nous ne comprenons pas pourquoi l'on nous talonne \usque notre héros a déjà sa colonne
Et qu'on pcul sans payer voir son enterrement
Peint par monsieur Bouchot, le tambour est charmant! -
Attends donc, ô Marceau, gloire de notre France!
Ne te courrouce pas de cette indifférence,
Beau jeune homme au front mâle, à l'œil triste et serein
Qu'importe un monument fait de marbre ou d'airain
Quand on est immortel et qu'on a dans 1 histoire
l n nom tout radieux de vertus et de gloire?
Sur ton noble chevet d'armes et de drapeaux
attends le bon vouloir de nos municipaux.
Attends patiemment, car. à ce qu'ils prétendent,
( ! es1 le devoir des mort- . .
Tant de vivants attendent !