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L'eau qui reflète les rayons,
Le blé qui dore les sillons,
Le raisin qui couvre les treilles,
Le pin odorant, les bosquets,
Pleins de chansons et de bouquets,
Le sorbier aux grappes vermeilles ;
Toutes ces fleurs aux noms divers Où le poète prend ses vers Et l'abeille son miel suave, Pâquerette à l'œil de carmin, Folâtre œillet, pâle jasmin Et gros dalliia toujours grave :
Et d'autres plus belles encor, Et l'azur, et la pourpre et l'or, Toutes les couleurs entassées Et tous les parfums réunis, El mille délicieux nids Pour les rêves et les pensées !...
( rrandis < l je te dirai tout, Je te promènerai partout
Vidant ta marche cncor peu ferme, De la colline au bord de l'eau, Dans la plaine au riant tableau Et sous les noyers de la ferme...
Et nous aurons derrière nous
Le grand chien craintif et jaloux
Qui suit tous mes pas quand je marche,
Et si je m'arrête un moment,
Assis près de moi, gravement
Regarde passer l'eau sous l'arche...
Tu souris, ma Berlhe, et tes yeux Qui remplis d'un éclair joyeux Paraissaient déjà me comprendre Se referment pour le sommeil, Tu fais fi de ce beau soleil Et tu ne daignes plus m'entendre. . .
Ah ! c'est que tu vois en dormant Des anges au vol plus charmant.
Des Heurs d'éclat moins éphémère, Des abeilles au plus doux miel, Car tes songes t'ouvrent le ciel Et je te parlais de la terre !...
La Nature est belle au printemps, Lorsque sous les rameaux flottants Le soleil s'emousse et pénètre ; Le ciel est pur dans les longs soirs, Les Heurs sont autant d'encensoirs, Grandis vite pour tout connaître ■
Enfant, presse-toi de grandir Pour voir les feuilles reverdir Et les fleurs éclore dans 1 herbe, Et fuir devant tes petits pieds Tous les papillons effrayés Vainqueur chancelant et superbe...
Loin de nous, cœurs glacés, vos doctrines fâcheuses! Ne nous enlevez pas nos croyances joyeuses, Laissez-nous avoir foi dans ce que nous voyons; L;i Heur pour vous se fane et pour nous vient d éclorc Vous vivez dans la nuit, nous saluons l'aurore, Vos ténèbres en vain menacent nos rayons!...
Fervents adorateurs de l'ombre et de la tombe, Nous nous criez bien haut que tout se fane el tombe,
Que nos fêtes sans cesse aboutissent au deuil, Que le bonheur terrestre est un fatal délire, Qu'un ver ronge toujours ce que notre œil admire, Que la nature enfin n'est qu'un vaste cercueil!...
Les hiboux pour gémir attendent les ténèbres... Ne nous fatiguez plus de vos plaintes funèbres A\.uit que nos cheveux commencent à blanchir, Que l'hiver ait brisé nos branches les plus vertes Et que notre pied touche à ces steppes désertes Qu'émailleront encor les fleurs du souvenir!...
Oui, tout meurt, mais tout vit ! tout s éteint, mais tout brille! L'aïeule eut autrefois ses jours déjeune fille, Toute heure a ses plaisirs, toute chose a son temps, Près de la (leur qui meurt naît une fleur nouvelle, L'eau du fleuve riant toujours se renouvelle, En attendant 1 hiver faisant fête au printemps!
Oui, la vieillesse est triste et la mort effrayante, Mais la vie a du moins sa jeunesse riante, L'ombre ne vient qu'à l'heure où l'univers s endort. Dieu pour nos yeux ouverts fit le soleil superbe, Sous un frais vêtement où la fleur rit dans l'herbe 11 nous cacha le sol qui nous cache la mort !...
Jouissons donc en paix de ses pins beaux ouvrag
Sans hâter leur venue attendons les orages,
Nos pleurs ne doivent point troubler les clairs ruisseaux,
Les libres horizons ne veulent point de bornes:
Si nos regrets s en vont parfois aux tombeaux mornes,
Ali! conservons du moins un sourire aux berceaux!...