RETOUR
La mer se soulève Et jette sans trêve Des gémissements, Le fïvle navire Lentement déchire Les flots éeumants ;
Le vent siflle et gronde, La nuit est profonde, Seul un goéland Près <ln mât qui sombre A sillonné l'ombre Comme un éclair blanc.
Esl-ce une tempête, Disais-je ? Et, poète, J'en avais l'espoir !
Spectacle sublime, Penché sur l'abîme Je vais donc te voir î...
0 vaine folie !
Et ceux que j'oublie !
Je me sens frémir, J'ai 1 àme glacée \ cette pensée Que je peux mourir !...
Je dois sans contrainte Avouer ma crainte, Mon orgueil a fui, L'homme qui sur terre Est époux et prie Ne vit plus pour lui...
Mourir plein de sève Au milieu d'un rêve,
Mourir triste et seul, \ l'heure dernière N'avoir ni prière, Ni pleurs, ni linceul,
Ce n'est rien encore !
Le gouffre dévore Sa proie à l'instant Et cette agonie Est vite finie Quoiqu'on souffre tant !
Celui qui succombe N'a plus dans sa tombe Aucun souvenir, Pourquoi donc le plaindre S il ne doit plus craindre Le sombre avenir ?...
Abus mourir a l'heure Où dans ma demeure J'espérais rentrer, Mourir loin de celles Que de soins fidèles Je sais entourer,
— iS8 —
D'elles qui m'attendent Et qui vers moi tendent Leurs bras aujourd'hui, Disant, l'œil humide :
Reviens, notre guide !
Reviens, notre appui !...
Ma femme et ma fdle, Toute ma famille, Mon bonheur, ma foi, L'une encor rieuse, L'autre sérieuse, Deux enfants pour moi !
Puissance bornée Que Dieu m'a donnée, Espoir qui soutient.
Travail, poésie, Mon bonheur, ma vie, Tout leur appartient !
Oui, je suis leur guide Et leur pied timide
Suit toujours le mien, Ma main familière Est du jeune lierre Le meilleur soutien !
Que deviendront-elles Mes deux tourterelles, Si Dieu me punit D'avoir sans exeuse, Fou qu'un songe abuse, Déserté mon nid ?...
Mais des vapeurs roses Tout à coup écloses Teignent l'orient.
L ombre s'évapore, La mer se colore D'un prisme riant,
Un vent frais nous pousse,
Les flots sans secousse
Me mènent au port...
Il frappe ma vue
Et je te salue
France, avec transport !