‹ Poésies complètesChapitre 29 sur 61 · C-esl beau · texte numérisé non relu

C-esl beau

\u trefois il fallait pour être Député Beaucoup de bavardage et de médiocrité ;

Aujourd'hui c'est une autre affaire !

Il faut avoir en plus des jarrets excellents, On apprécie un homme ainsi que ses talents

D'après le chemin qu'il peut faire.

De fermes en hameaux, volez, courez, braillez! Sur la borne, au milieu des groupes débraillés,

Soyez éloquent... Dieu sait comme!

Prodigue de grands bras, de grands mots, de Canards, Jetez la poudre aux yeux des pauvres campagnards,

Vous aurez chance qu'on vous nomme;

Ou bien cncor, sovez un être inoffensif, Probe comme un écu, patriote poussif,

Incapable de chercher noise, N'ayant pour le progrès qu'un très mince appétit, Le clocher vous adopte et tout vous garantit

Une majorité bourgeoise...

Ma foi, j'espérais mieux, mais je m étais trompé, Et je rentre au logis, candidat écloppé

Je n'ai gagné qu'un mal de tête.

Qu'on allume un bon feu pour fêter mon retour.. Vivat! bonjour, ma femme et ma fille, bonjour,

Travaux favoris du poète ! . . .

Mes chers concitoyens, quand je serai très vieux Et <jue mes qualités d'impotent, de goutteux.

M'auront rangé parmi les sages, Quand mon Age m'aura dispensé de courir, Mon asthme de parler, je reviendrai m'offrir,

Sûr du succès, à vos suffrages!...

Non, grands hommes d'état, je ne suis pas des vôtres, le n'en serai jamais! j'ai, comme beaucoup d'autres,

Fait le plongeon électoral, Et prenant mon élan le plus patriotique, Je me suis élancé dans la mer politique

Sans penser que je nageais mal!...

Elle m'a rejeté, ce dont je suis fort aise!... J'aurais tort de trouver mon étoile mauvaise,

Puisque j'ai pu sans me noyer, En buvant quelques coups de cette onde funeste, M assurer promptement qu'elle était indigeste

Et qu'il fallait s'en défier. . .

Artistes, 1res peu faits pour gouverner les hommes, Du moins comme onl'entcnd, restons ce que nous sommes, Laissons ces avocats brailler en liberté Sans que de tels lauriers notre orgueil soit tenté ; Quant à moi, je te fuis, ô ténébreux dédale Vers lequel nous voyons tant d'insensés courir, Je veux garder mon cœur et j'espère mourir Dans l' Impolitique finale ! . . .

Un matin de printemps quitter à pied Paris, Sans livre ni pensée aller à l'aventure, S'isoler tout rêveur sous quelqu'allée obscure, Oublier un moment la poussière et les cris;

Ecouter les oiseaux dans les buissons fleuris, S'asseoir bien à l'écart, seul avec la nature, Et plonger ses regards dans l'immensité pure D'un beau ciel où de Dieu les bienfaits sont écrits...

Dans un cœur de trente ans de jour en jour pins sombnà Sentir glisser alors, comme un rayon dans l'ombre, Tous les enebantements de la jeune saison...

El dans le bruit du vent parmi les fraîches pousses Saisir comme un écho de vos deux voix si douces, Chers enfants qu'on retrouve au seuil de sa maison!

C'était au Champ-de-Mars grand exercice à feu...

On jouait an soldat, ce qui m'amuse peu,

Mais tout en fredonnant une vieille ballade.

Le hasard dirigea par là ma promenade;

Je vis caracoler tout un état-major

\u\ plumets ondoyants, aux épaulettes d'or.

Je \is dans cette enceinte aux \ils bourgeois fermée

Beaucoup de mouvement, de poudre et de fumée,

Des généraux poussifs en culotte de peau,

De pauvres fantassins esclaves du drapeau,

Des sabres, des fusils, des baudriers sans lâche,

De blonds sous-lieutenants retroussant leur moustache

D'un air qui semble dire : Est-on joli garçon Quand on est plastronné d'une telle façon?... Et sur tous ces profils coulés au même moule, Cet aplomb de sabreur dont s ébahit la foule, Je vis tout ce qu'on voit enfin quand des soudards Font au bruit du tambour llotter leurs étendards...

Bref, ennuvé bientôt de ces billevesées,

Je rentrai dans Paris par les Champs-Elysées

Et je me faufilai dans un cercle étouffant

Composé de flâneurs et de bonnes d'enfant;

C'est là qu'au grand soleil monsieur Polichinelle

Jouait en grasseyant cette farce éternelle

Où le coup de bâton succède à l'entrechat,

Où ces deux grands acteurs, le gendarme et le chat,

Par leur sublime jeu complètent l'odyssée;

Où jamais la vertu ne fut récompensée,

Où pour enseignement et pour moralité

On voit du haut en bas rosser l'Autorité !

Alors, je m'écriai :

De par Polichinelle, La France est un grand peuple et Dieu veille sur elle!

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