CAUSERIE D'HIVER
Enveloppe-toi bien de soie et de fourrure Pour nous promener un instant...
Quel beau matin ! le vent souille, la bise est dure Mais le soleil est éclatant !...
L'hiver a ses beautés secrètes Pour les amants et les poètes, Ils lui prêtent de leur bonbeur ; En vain tout se tait et sommeille, Au fond d'eux quelque ebose veille Ln oiseau ebante dans leur cœur !...
Allons donc seuls, tout seuls, faire une causerie
Dans le grand parc silencieux ; Nul importun fuyant la campagne flétrie
Ne pourra nous suivre des yeux...
Chacun, feuilletant près de l'âtre
Romans et pièces de théâtre,
Peut s'endormir sur les tisons ;
Nous allons, moi fort et toi pure,
Lire au livre de la Nature
Toujours plein de douces leçons !
Enveloppe-toi bien, réponds à mon sourire,
Dans nies mains réchauffe les mains...
Charmante, lu comprends ce que mon cœur désire,
Suivons au hasard les chemins...
Je l'ai dit, l'hiver a ses charmes,
Le givre parsème de larmes
Les rameaux au prisme changeant.
Sous le bois où sifflent les merles
Eclosent des bourgeons de perles
El de longues feuilles d'argent...
Mais pourquoi sur mon bras t' appuyant davantage Tenir ainsi tes yeux baissé- .'
S éveille-t-il au fond de ton cœur sans courage Quelque regret des jours passés ?...
La pente est rapide... prends garde !
Qui dans cette ombre se hasarde Perd vite la clarté du ciel :
Souvent, ce deuil de la nature Fait rêver à la tombe obscure Où règne l'hiver éternel ! . . .
Tu songes à la mort, n'est-ce pas ?... aux journées
Qu'emporte le vent de l'oubli, Aux souvenirs tombant comme des fleurs fanées,
A la neige d'un front vieilli,
A ce qui s'envole et recule,
A cei incertain crépuscule
Où tout s'abîme confondu,
Au glaive de l'Ange invisible,
A ce moment toujours terrible
Quoiqu'il soit toujours attendu !...
Tu le dis... et voilà que tu deviens plus triste,
Qu'un nuage assombrit ton front :
- Aux rigueurs de l'hiver la nature résiste,
Les Heurs, les feuilles renaîtront,
il. - 14