LA NOËL DU PRUSSIEN
C'était un grand gaillard bien frais, Bien rose, bien joufflu... Sa face Offrait une rondeur sans traits Dans un blond cadre de filasse, Et de toute sa carapace S exhalait une odeur de crasse A vous foudroyer de trop près;
— ?.Go —
11 était joyeux, ce Barbare!
Maître du logis ravagé, Il avait bien bu, bien mangé,
11 savourait un gros cigare.
Sur une causeuse allongé...
Le drôle avait une famille, A ce qu'il parait, tout là-bas, 1>I pour iiancée une fille \n\ yeux faïence, aux lourds appas..,
I )onc il voyait dans la ruinée Du Londres qû il déshonorait Passer la maisonnette aimée!
De sa poche avec soin fermée
II atteignit même un portrait, Objel de son idolâtrie...
Une horrible photographie
De quelques sous, faite en un bourg
De la Saxe ou du Mecklembourg. . .
Heureux coquin! De sa vachère
Il embrassa 1 image chère.
Et sa lèvre aux rebords poilus,
( rrasse encore de lionne chère,
ï mit quelques taches de plus...
— 1 ois-tu, Gretçhen, dans celle France
Que noire vieux roi si pieux Nous fais dévaster de son mieux, J'ai connu plus d'une souffrance; Mais j'ai conserve l'espérance Qu'après avoir brûlé Paris {Il faudra d'abord qu'on le pille) ./-• pourrai sans doute au pays Fêter la Noël en famille! . . .
Fêter la Noël, as-tu dit!
Soit! tu la fêteras, bandit.
Mais dans un trou noir, sous la terre Où tu pourriras solitaire, Comme un chien galeux qu'on enterre En quelque coin: cl sur ton corps, Quand viendra la grande déroute, La neige tondra goutte à goutte...
Ah! c'est que Dieu nous doit les morts De l'Allemagne qui nous souille!
Le jour où nous serons vengés, C'est bien le moins que leur dépouille Engraisse nos champs ravagés!...