‹ Poésies complètesChapitre 45 sur 61 · MONSIEUR LE MAIRE · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE MAIRE

Monsieur le maire, j'ai l'honneur De vous offrir ma révérence, En sollicitant la faveur De vous dire ce que je pense De vos actes municipaux Qui l'ont tache sur les drapeaux De notre France !

Rentier, notaire, praticien Ou marguillier. criblé de votes Par les poltrons, les gens de Mon Et les communautés dévotes, A L'ennemi trop exigeant.

Nous donnâtes, à court d'argent.

Jusqu'à vos botte- !

D'abord, dans le premier moment, A ous avez relevé la crête :

\ se défendre vaillamment.

A.vez-vous dit, ma Aille est prête.

Et si les hulans de Nanc\ Osent se présenter ici,

Nous tiendrons tète!...

On ne prêche dans nos journaux Que dévouement et sacrifice Et QOS gardes nationaux Sont enragés pour le service; Tout flambants d'uniformes neufs, Les garçons, les maris, les veufs, Font l'exercice. . .

Les hulans arrivent... bonsoir!

La défense n'a plus de charmes, N'offrant d'ailleurs aucun espoir; El dans La mairie en alarmes, V pari quelques hommes de cœur, Chacun accourl avec ardeur Rendre ses armes !

Va chacun de crier : \ ivat !

\u maire aussi prudent que chaîne.

Reconnaissance au magistrat Qui nous protège et qui nous sauve Avec T on Schlague il a traité, Mais du moins notre dignité Demeure sauve!...

Puis le détachement prussien Entre en jouant la Marseillaise...

Ah! comme ils s'en acquittent bien!

Dit la foule se pâmant d'aise:

\h! quels accords mélodieux, Combien leur musique vaut mieux Que la française!.. .

A Iennent les réquisitions De café, sucre, vin et viande, De cigares et de millions...

Ce peuple à la panse gourmande Ne lâche jamais 1 os qu'il tient : Plus il ronge, plus il obtient.

Plus il demande!

Un beau jour on se trouve à sec, On ne peut plus le satisfaire...

11 s'emporte, il jure à plein bec.

11 a des fureurs d'arbitraire, Et 1 on Schlague, un grossier soudard.

Vous pose le pied quelque part, Monsieur le maire! . . .

Et battus sans rire con lents.

Après s'élre laissé tout prendre, Ruinés pour quinze ou vingt ans, Nos bourgeois paraissent comprendre Qu'avec l'or achetant du fer 11 leur en eut coûté moins cher Pour se défendre ! . . .

De presque toutes nos cilés Voici l 'humiliante histoire Et nos descendants irrités Plus tard refuseront de croire A ces souillures du passé; Aujourd'hui l'opprobre est versé, Il faut le hoire!. . .

Monsieur le maire, j'ai parlé En accomplissant une tâche Et je serais fort désolé De rien ajouter qui vous lâche.

Mais je n'ai pas le choix du mot..

Vous avez agi comme un sot Et comme un lâche ! . . .

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