‹ Poésies complètesChapitre 7 sur 61 · XL IX · texte numérisé non relu

XL IX

J'ai du Bocacino vu la femme adultère :

Sous le poids des baisers elle a le front penché,

De son sein demi-nu le voile est arraché,

Son œil calme et rêveur flotte entre ciel et terre ;

Ce qui se passe alors est pour elle un mystère, Et. quand le châtiment doit suivre le péché, De la peur des bourreaux son cœur n'est pas touché. Jésus la trouve sourde à sa parole austère,

I.lle a vu s'accomplir son rêve de bonheur Et sait braver la mort comme le déshonneur ! Répandez tout son sang-, trainez-la dans la boue...

Qu importe? elle est heureuse ! et, dans sa nudité,

Si la rougeur encor vient colorer sa joue,

Ce n est pas de pudeur mais c est de volupté !...

Le soir où je quittai les côtes d'Italie, Un soleil admirable embrasait de ses feux Les montagnes, la mer et les mats radieux, Gènes par le lointain rayonnait embellie :

De regrets et d'amour j'avais lame remplie, Mes rêves sillonnaient les vagues et les cieux. Et, Pétrarque à la main, je parcourais des yeux Ces merveilleux sonnets cjue jamais on n'oublie ;

\ peine ai-je posé, pèlerin inconstant,

Mes pieds sur ton rivage, Italie! et pourtant

Je te laisse au départ de bien tendres pensées...

Garde-les dans ton sein, fais les épanouir, Défends-les de I orage et des bises glacées, En des jours plus heureux je viendrai les cueillir!

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Je no crains pas la mort, je n ai plus la pensée Ou avant 1 âge pour moi s'ouvrira le tombeau. Qu'avant d'avoir brillé s'éteindra le flambeau, Qu'avant d'avoir agi ma main sera glacée !

Des sombres visions la troupe est dispersée,

Mon front est sans nuage et mon cœur sans fardeau,

Jamais le ciel d'azur n'eut un soleil plus beau.

La plaine une moisson plus riche et plus pressée ! . . .

\< courez, mes amis, et chantons nos amours ! Passons à les fêter et les nuits et les jours ! Si la mort, par hasard, vers nous est amenée

Et frappe a notre porte ou ce soir où demain, Ne la laissons entrer que de fleurs couronnée, Le sourire à la bouche et la Ivre à la main !...

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Arrêtons-nous... Voyez ce buisson d'aubépine... Doucement coloré par les reflets du soir, 11 répand ses parfums comme un bel encensoir Au pied d'un arbre vert qui frémit et s'incline;

Un oiseau, dont le nid à peine se devine, Commence un chant de tête et d'amoureux espoir, Et cel oiseau raehé qu'on entend sans le voir Du buisson odorant semble l'âme divine!...

Vous êtes l'aubépine et je suis l'arbre vert,

De mes bras protecteurs voire front est couvert,

Autour de nous s'exhale un parfum d'innocence:

Sous votre voile blanc assise à mes genoux. Vous me contez ce soir les rêves de I absence El le soleil couchant se rellète sur nous!

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Ma fenêtre est ouverte à la brise embaumée, L horloge du hameau vient de sonner minuit, Mes soupirs troublent seuls le calme de la nuit, Au chevet de mon lit ma lampe est allumée...

Je rêve et de Ronsard la muse bien aimée V.gace par ses jeux mon (vil qui la poursuit, El je n'invoque plus le sommeil qui me fuit Car l'espérance en moi s'est enfin ranimée...

Le sommeil est l'oubli des maux et des douleurs Il ferme indnlgemmcnt la source de nos pleurs, Mais moi je suis heureux, je souris et je veille !

Je veille, car il faut demain, ô mon amour, Que j'aille vers ta couche cl que je te réveille Pour te conduire au lac voir le lever du jour!...

Je vis réellement dans un monde enchanté. Je n'ai plus de fardeau qui me blesse et m'écrase, Sans v trouver du fiel je peux tarir le vase. L'espoir au front riant chemine à mon coté :

Je suis plein de vigueur, d'audace et de santé. J'ai des heures de lièvre où le désir m embrase. Mais en d'autres moments je ressens une extase Oui me fait à genoux adorer ta beauté!...

C est par toi que je vis, en toi que je respire, Ton regard seul me plaît, ta voix seule m'inspire, Mon génie aujourd'hui n'est plus que de l'amour-;

Avec toi, tout est bon, souriant et facile. Marie, et si tu (Jois ni oublier quelque jour. Je n aurai ce jour-là qu un tombeau pour asile!

Devant moi se déroule un immense tableau Lorsque je vais m asseoir sur la verte colline, Mais à mon œil rêveur qui pourtant les devine Echappent les détails de la terre et de l'eau;

il divine l'allée où tremble le bouleau El l<v souille du vent sur l'herbe qui s'incline. Le vol du papillon, la fleur de l'aubépine, La ruche de l'abeille et le nid de l'oiseau...

De même, rien qu'à voir, en mes longs soirs d attente, Blanchir dans le lointain votre robe flottante Mon regard sait toujours deviner les beautés

Qu auprès de vous bientôt je contemple et j admire.

Les rayons de nos veux sur les miens arrêtés.

Les fleurs de votre lèvre entrouverte au sourire !...

Ce n'est pas vous que j'aime, ô muses débauchées Qui cédiez chaque nuit à des amants nouveaux. Qui trahissiez toujours Catulle et ses rivaux, Par le choix d'un esclave à leurs bras arrachées ;

Sur la pourpre de Tyr indolemment couchées Ou dans les chars dorés qu'emportent six chevaux. Toujours la folle ivresse enflamme vos cerveaux Et de fange ou de vin vos robes sont tachées...

Ma muse est pure, elle est sans tache et sans affront, Elle marche pieds nus, elle a des fleurs au front, Ln tissu rose et blanc sur son corps se déploie,

Et sous le dôme épais d'un chêne verdoyant Elle guide au plaisir, à la danse, à la joie, De couples amoureux un cortège riant î...

— Or —

Tout le ciel était pur quand vous êtes entrée, A travers le balcon tapissé de jasmin Et les épais rideaux Termes par votre main Se jouait du soleil la lumière dorée ;

Lorsque de notre amour encor toute enivrée, ^)us avez voulu fuir en disant : à demain ! L éclair brillait, la pluie inondait le chemin Et partout gémissait la nature éplorée!...

Lu orage terrible avait en peu d'instants

Fait un jour nébuleux d'un beau jour de printemps,

Mais nous étions restés sourds à cette tempête,

Le bruit de nos baisers avait été plus fort

Et la foudre aurait pu tomber sur notre tète

Sans que nous ressentions l'angoisse de la mort ! . . .

Tout change autour de toi, mais en toi rien ne change Le ciel perd son azur, tu gardes ta heauté, L'automne de ses fleurs découronne l'été, Tu conserves toujours ta jeunesse de l'ange !

Depuis que de nos cœurs s'est fait le doux échange, Mes amis les plus chers m'ont lâchement quitté, D'autres amours m ont lui mais le tien m'est resté, Le tien où la pudeur au désir se mélange !

A iens errer tous les deux sous les arhres jaunis D où tombent à la fois les feuilles et les nids, Nous glanerons cncor quelques roses dernières...

L'air est froid, le ciel morne et les oiseaux sans voix, Mais ton amour répand des odeurs printanières Des chants et des rayons sur tout ce que je. vois!...

Hélas ! par cette douce et charmante soirée Où d'enivrants parfums et des chants gracieux Descendent vers la terre et montent vers les cieux, D'hommes sots ou méchants tu restes entourée ;

Il te faut endurer, souriante et parée, De tous ces désœuvrés les propos ennuyeux, Sentir peser sur toi les regards curieux Et les mille flambeaux de la salle dorée ;

Moi, je marche rêveur le long des sentiers verts Où je cueille à loisir des roses et des vers Pour te faire un sonnet avec une couronne,

Et demain, au réveil, tu trouveras, ma sœur, En dépit de l'Argus jaloux qui nous soupçonne. Mes roses sur ton front et mes vers sur ton cœur ! .

ou

11 me vient, mon poète, une étrange pensée Q is t s urire ou vous ferait pleurer.

M is i - deux bras en m attirer

suis en vain pi —

I tairai mon secret, une chos-: insens

s - rir ai désirer; J ignore quel démon a pu me 1 inspirer. M is de mon cœur elle - s icée...

Cachez-m - . Il fait encor grand jour

El Le jour est mauvais aux mystères -l'amour, Ali me la nuit autoui de nous s'al iss

- de ce - jue vous voulez savoir

Je vous ferai j'aurai ibless

Car vous pourrez alors m entendn - as me voir!

On sonnait un baptême au clocher du hameau. La famille accourait à la fête chérie Et le joveux cortège à travers la prairie Cheminait en chantant car le ciel était beau ;

Soudain les bras chargés du précieux fardeau Le laissent échapper, on s'empresse, on s'écrie, Mai< couché sain et sauf parmi l'herbe fleurie L'enfant sourit et dort comme dans un berceau...

Alors, en son effroi, la vierge au doux visage

Qui tenait à la main suivant l'antique usage,

l n vase plein de fleurs, d'eau de rose et de nard,

Laissa tous ces parfums ruisseler sur la tête

De l'heureux nouveau-né ; c'est ainsi que Ronsard

Avant d'être chrétien fut baptisé poète !

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