‹ Poésies complètesChapitre 8 sur 61 · GG · texte numérisé non relu

GG

Oh ! quand nous serons seuls, quand nous pourrons encore Fuir dans le bois épais, loin des regards jaloux, Echapper au soupçon qui veille autour de nous, Cacher notre bonheur au monde que j'abhorre;

Dans ces rares moments que mon amour implore. Où je rêve parfois que je suis un époux Libre de vous aimer, de vivre à vos genoux. Du matin jusqu'au soir, du soir jusqu'à l'aurore...

Oh! jouissons en paix des souffles et des chants, Des fleurs el dos baisers, sans penser aux méchants Qui jettent leur venin sur nos amours prospères!

Vsseyons-nous dans l'ombre, au milieu des gazons Les plus verts, les plus hauts, sans penser aux vipères Qui sous nos pieds peut-être exhalent des poisons!...

Ce spectacle ravit ton àme et tu souris En plongeant tes beaux yeux à travers les feuillages ; Viens, prenons le sentier qui mène à ces ombrages Parmi les frais vergers et les vallons fleuris;

Près du trèfle odorant où chante la perdrix, De paresseux troupeaux tondent les pâturages, Sous les taillis épais se cachent les villages Dont on ne voit surgir que le vieux clocher gris;

Qui dirait qu'au détour de ces collines vertes.

De parfums, de fraîcheur, d'ombre toujours couvertes,

S'étend la vaste mer sans calme et sans pitié.

Et que ce clair courant qui reflète leur cime, Murmure à ton oreille et veut baiser ton pié, Doit te perdre bientôt dans l'éternel abîme?...

Vovcz-vous celte fleur inconnue et sauvage Qui s'est épanouie aux fentes d un rocher D'où les vents et les flots ne peuvent l'arracher? Elle grondait ainsi la mer, un jour d'orage :

— A quoi bon tant d'éclat , de tumulte et de rage, Océan? quel motif as-tu pour te fâcher? Tu vas mettre en émoi quelque pauvre nocher Et jeter un peu plus d'écume à ce rivage...

Beau triomphe! crois-moi, reprends ton long sommeil, Laisse-toi réchauffer aux ravons du soleil. Houle plus doucement sur la grève sonore

Et cesse d'effrayer par tous ces bruits affreux Le bel insecte ailé qui vient à chaque aurore Bourdonner et frémir sur mon sein amoureux!

Je suis triste! accourez, mes riantes idylles

El commencez vos jeux, vos danses, vos festins,

Avec vous j'oublierai les projets incertains

Et les soucis rongeurs qui naissent dans les villes ;

Parmi les frais vallons, parmi les champs fertiles.

Mêlez habilement, les soirs et les matins,

A la flûte des Grecs le sistre des Latins

Et courbez sous le joug les rimes indociles!...

Que le vin dans ma coupe écume sur les fleurs, Que vos voiles flottants mélangent leurs couleurs, Qu'on pende des festons au chêne de la plaine,

Tandis que couronnés de pampres et d'épis Où brille la sauvage et fraîche marjolaine. Ruminent près de nous les grands bœufs accroupis

Je m'indigne parfois d'aimer et de souffrir.

De perdre en vains tourments les beaux jours de ma vie.

D'énerver lentement ma jeunesse asservie,

De négliger le but où je devrais courir ;

La Gloire, en souriant, à mes veux vient s'offrir Et me montre de loin les lauriers que j'envie : — Recherche le bonheur où ma voix te convie, Je fais vivre, dit-elle, et l'amour fait mourir! —

Je me révolte alors, j'entonne un chant de fête,

Je bondis, je veux fuir sans détourner la tète.

Je suis sûr d'oublier les maux que j'ai soufferts...

Mais, dès que l<- sourire entr'ouvre votre bouche,

Je murmure : à quoi bon?... et je reprends mes lors.

0 mon Armide, et puis à vos pieds je me couche!...

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