LA VIEILLESSE DU POÈTE
Sous la cendre des jours et des nuits consumées
Si d'un rêve sacré tu cherches les débris.
Les simulacres noirs de ces rameaux fleuris
Que ta main voulait mettre aux mains des bien-aimées ;
Au foyer refroidi de la triste maison
Où, le cœur seul, tu fais ta dernière veillée,
Si tu veux évoquer l'image ensoleillée
Du printemps dont la course empourprait le gazon ;
La gloire de l'été ceint de ses larges roses. Près des ruisseaux chanteurs trouvant un lit sous bois (L'Amour, non le sommeil, l'y mena tant de fois... Ses yeux étaient ouverts, les fleurs n'étaient pas closes).
Ou même, sous les plis de la pourpre, encor lier, L'Automne dont la main comprime une blessure, Mais qui, malgré son sang qui filtre, se rassure Dans l'espoir de vider sa coupe avant l'hiver ;
Si tu veux, acceptant pour guide la souffrance, Puisqu'elle seule a mis ses pieds dans tous tes pas, Remonter, du désert jusqu'aux premiers lilas, Le dur chemin, fatal à ta jeune espérance :
0 pèlerin meurtri dont défaille la foi ! Vendangeur, attristé de ta corbeille vide ! Homme dont trop souvent s'ouvrit le cœur avide Au bonheur qui passait pour d'autres que pour toi I
Vaincu, dont la défaite a causé tant de joie ; Car l'Envie^ ayant fait un rapide détour. Vint guetter ton passage au premier carrefour. Et craignit un moment d'avoir manqué sa proie ;
Poète dont le rêve eût bâti des palais. Et qui, pour monument de ta halte dernière, Laisses jusqu'à demain, sous un toit de chaumière, Des murs aux ornements desquels seul tu te plais ;
Si tu prétends renaître une heure à ta jeunesse
Et refaire, en un soir, le voyage des ans,
Chemins bordés de fruits amers et malfaisants,
Mais si pourprés, si beaux dans leur fausse promesse !
Arme-toi de courage et ne cède au désir De revivre une erreur à jamais abolie Que si, rompant le joug de la mélancolie. Ton âme enfin se sent prête à se ressaisir ;