‹ Poésies complètesChapitre 122 sur 153 · FÈRE-CHAMPENOISE · texte numérisé non relu

FÈRE-CHAMPENOISE

A. Gaston de Raimeâ.

Alors que dans Paris, de salon en salon, La haine, avec la peur, pressait la trahison, Les régiments perdus de Fère-Champenoise, Conscrits chétifs, milice ouvrière et bourgeoise^

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En blouse, en chapeau rond, ne sachant que d'hier Déchirer la cartouche et mettre l'arme au clair,. Un contre cinq, pendant sept heures, tenaient tête A la mitraille en feu redoublant sa tempête, Et de face attaqués, sur les flancs assaillis, Sans cesse reformaient leurs carrés démolis, Surprise, orgueil des chefs qui, blanchis dans la guerre, A les voir le matin partir, ne songeaient guère Que ces fds de rentiers et ces gars en sabots Etaient prêts à mourir de la mort des héros.

Sous les sacs mal bouclés, au sortir de Sézanne, Vos officiers pensifs vous trouvaient l'air peu crâne. . . Mais l'éclair du canon vint vous transfigurer. En vain, cavalerie ardente à vous sabrer, Artilleurs, fantassins, resserraient leur étreinte : Vous avanciez toujours, la rage au cœur, sans plainte. Par les chemins rougis du sang que vous perdiez. Ni les dragons d'Espagne et les vieux grenadiers. Ni les gardes d'honneur que commandait Defrance, N'auront mieux illustré l'histoire de la France Dans ce livre, d'un crêpe et'de lauriers couvert. Où près de Montmirail est inscrit Ghampaubert.

Pacthod, un bras cassé, refusait de se rendre. Quand, tout à coup, on vit l'empereur Alexandre Sous la grêle de fer accourir au galop... Ses lieutenants, de loin, le suivaient : « C'en est trop,

Laissez-moi, criait-il, je sauverai ces braves. » En ce jour, mémorable aux Français comme aux Slaves, Soldats qu'on oubliait ! l'honneur vous fut commis D'attendrir jusqu'aux pleurs vos nobles ennemis.

Un désastre pareil surpasse une victoire.

Et, coûtant plus d'effort, mérite plus de gloire.

Impassibles au feu d'un combat meurtrier,

La plupart d'entre vous, pris la veille au foyer,

Ne portaient même pas l'épaulette de laine ;

Mais vos cœurs étaient hauts, mais votre âme était pleine

Des mots sacrés : Patrie et Devoir, et d'un nom

Qui fit plus d'un miracle humain. Napoléon !

Dans la honte et l'effroi de ces heures troublées, Oii, pactisant avec d'ingrates assemblées^ Des maréchaux de France allaient au drapeau blanc. Vous avez su combattre et mourir dans le rang, Et, pour vous rencontrer en travers de sa route, La Fortune, un moment, demeura dans le doute. Rougissant de trahir des cœurs si généreux. Héros du dernier jour, hélas 1 trop peu nombreux ! Vous avez fait jadis notre France si grande Que ce temps-ci devait y voir une légende...

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