‹ Poésies complètesChapitre 127 sur 153 · REMORDS ET FOI · texte numérisé non relu

REMORDS ET FOI

J'ai fait ce que j'ai pu. — Dis cela devant d'autres^ Mais à toi-même, à Dieu qui t'écoute et te voit. Abstiens- toi de parler : les saints et les apôtres, Etant prêts au martyre, avaient pour eux ce droit.

Tu ne mérites pas ce magnifique hommage Qu'au lit de mort un juste à peine se rendrait ; Tu t'es fait de ton rôle une sublime image, Mais ton passé t'inflige un démenti secret.

Qui de l'intention ne sait passer à Tacte, Ayant peur de souffrir s'il ne consent au pacte Qu'à sa longue mollesse ofî're un monde banal ;

Qui fut faible devant l'épreuve nécessaire, N'aura, dans son désir, même droit et sincère, Qu'un témoin qui le charge au seul vrai Tribunal.

REMORDS ET FOI ^qS

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Eh bien ! pour expier ma coupable inertie. Je veux sincèrement me faire un cœur nouveau ; Je suis prêt à me joindre à la troupe éclaircie De ceux qui, dès hier, ont saisi le drapeau.

Ouvrez vos ran^, soldats des fécondes défaites^ A ce frère tardif qui vient, le rouge au front, S'accuser d'avoir fait figure dans les fêtes Quand votre sang versé ne vous valait qu'affront î

Qu'une heure, m'arrachant au remords qui m'accableu Sonne enfin sur mes jours, une heure irrévocable Où j'entre au droit chemin sans possible recul I

Rien de mieux, si l'on craint sa propre défaillance, Qu'une impasse, oii devient stérile tout calcul Et qui force le moins vaillant à la vaillance.

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S'il est trop tard, s'ils sont accourus trop nombreux, Les vainqueurs enivrés d'un triomphe éphémère. S'ils m'imposent la vie en leur clémence amère Et, m*ayant désarmé, me chassent devant eux*

L'exemple survivra de mon désir épique ;

D'autres, aux bras plus forts, connaîtront le chemin.

Sous l'aigle, redorée au soleil de demain.

Les jeunes — les voici ! — ressaisiront la pique.

Ils valent mieux que moi qui t'ai servi trop peu,

Pitié, Bonté, Justice, ô nom triple de Dieu,

0 dernier idéal dont mon cœur souffre et saigne !

Je n'attends rien pour toi du jour où j'ai vécu. Sous ma tente, ce soir, je m'assieds en vaincu : Mais, pour demain, j'espère et je crois en ton règne.

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