‹ Poésies complètesChapitre 137 sur 153 · L'ASILE VIOLÉ · texte numérisé non relu

L'ASILE VIOLÉ

La colère du vent redouble et s'exaspère

Dans les hauts peupliers, Et des nuages blancs courent dans l'atmosphère

Gomme de fins voiliers.

La tempête, qui loin des villes s'accompagne

D'un cortège de maux, Depuis bientôt un jour pèse sur la campagne

L'homme et les animaux.

C'en est fait, même aux bois, en pleine solitude

Du calme habituel :

Tout souffre, tout subit avec inquiétude

L'affolement du ciel.

Vainement le bosquet mêle au sureau vivace

Frênes et coudriers, Vainement le rameau de Tépine s'enlace

Aux branches des mûriers !

33o GALLICA.

L'épais taillis n'est plus qu'une faible défense

Et craque autour de nous, Nous refusant un jour le coutumier silence

Que nous trouvons si doux.

C'est ici, dans ce coin chéri comme un asile,

Que nous nous complaisons, Seuls tous deux, protégés contre la vie hostile

Par ces vertes cloisons.

Mais aujourd'hui, pareil à la fureur des hommes

Jaloux de tous bonheurs.

L'ouragan nous flagelle en ce bois dont nous sommes

Les calmes promeneurs.

0 désordres pareils de l'orage et du monde !

Donc il n'est ici-bas Nulle retraite assez lointaine, assez profonde

Où vous n'atteigniez pas?

Nul abri contre vous ! votre rage obstinée

Pénètre en tout réduit ; Si modeste que l'on rêve sa destinée

C'est en vain qu'on vous fuit.

La paix, chère aux travaux innocents de la muse.

Aux rêves enchantés, L'homme nous l'interdit, et le ciel la refuse

Au deuil de nos fiertés.

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