PLAINE DE GAEN, LE SOIR
Nous reviendrons le soir par le plateau désert. Sans doute, ce n'est pas ici le pays vert Ni ses hameaux joyeux, aux pentes des collines. Ni ses vergers, enclos de blanches aubépines. Où, couronnés de fruits, s'ahgnent les pommiers ; Ni — surprise des yeux — les vallons aux sentiers Sinueux et couverts, ni, dans le vaste herbage Coupé d'un ruisseau clair qu'une saulaie ombrage.
PLAINE DE GAEN, LE SOiR 36
Les grands troupeaux épars de vaches au poil blond.
Ici, rien des trésors ou des grâces qui font
Si belle et si riante ailleurs la Normandie.
Plus d'arbres ni d'oiseaux, la terre est engourdie,
L'homme découragé. Des champs mornes et ras
De toute part. Pourtant, il ne nous déplaît pas,
A l'heure où le soleil meurt dans un ciel d'automne,
De marcher par la plaine immense et monotone.
Aussi loin qu'on peut voir, nul vivant n'apparaît :
On est sûr d'être seul. Rien mieux ne nous rendrait
Cette sensation d'une douceur austère :
La paix du ciel tombant sur la paix de la terre.
On se recueille, on sent proche l'éternité.
Lointain le monde avec toute la vanité
Des travaux, des grandeurs que la foule renomme.
Et Pon respire bien en l'absence de l'homme.