LE DÉPART
A. Hector Malot.
Ah ! celui qui aime voit bien ce qui est pour lui.
Kulidâsa [Sakountalâ).
Brève et seule faiblesse après un long courage ! Quand, voyant tout à coup que je devais partir, Sincère par surprise, elle en vint à pâlir, Laissa pencher son front et couvrit son visage.
L'aveu tant désiré qui tremblait dans ses yeux Allait s'en échapper, tardif, involontaire, Mouillé de pleurs peut-être, et livrant le mystère De ses premiers regards graves et curieux.
Alors tout s'éclaira : comment après l'offense J'avais pu dans ses yeux lire un entier pardon. Hélas !... et mon départ étant un abandon, Le remords m'a percé d'un nouveau coup de lance.
Puisque par un ciel sombre on sent mieux le rayon. Ceux qui restent près d'elle et la savent blessée, La consoleront-ils, ma douce délaissée, En l'embrassant plus fort qu'aux jours d'illusion ?
Oh ! la tendresse éparse en l'air que l'on respire. Déjà si bonne hier, nécessaire demain... Mais sauront-ils parler et lui prendre la main Et ramener vers eux un cœur qui se retire ?