LES HEURES DE PASSION
Fière, et discrètement armée D'un sourire silencieux, Votre image, ma bien-aimée, Est sans cesse devant mes yeux.
Entre le monde hostile au rêve Et le rêve éclos sous mon front, Elle flotte, ondule et s'élève, Et les jours la respecteront.
Mais pourquoi l'humide promesse Fait-elle briller cet œil noir, Si votre cher cœur ne se laisse Toucher par aucun désespoir ?
68 LA LAMPE d'argile
Si vous n'êtes pas consolante, Et si vous ne consentez pas (Un soir de la saison troublante) , Pâle, à l'ctreinte de mes bras ?
Si vous blâmez toutes mes fièvres, Pourquoi ces rayons sous vos cils ?
Ces sourires au coin des lèvres, A quel propos vous viennent- ils ?
Ne niez plus, chère offensée,
— Yos yeux noirs sont trop éclairés
Yous souriez à la pensée
De l'amour que vous inspirez.
Prenez-y garde, Béatrice, Si vous tentez h votre tour, Toute-puissante tentatrice, Un cœur déjà vaincu d'amour.
VERS MODEREES 69
Pouvez-Yous mesurer l'audace D'un amant aimé, sans effroi ?
Et que feriez-Yous à ma place ?
Si vous l'osez, dites-le-moi.
Seriez-vous Pyrrha qui s'amuse De^faire mourir lentement ?
Chloé qui donne et qui refuse A la flamme son aliment ?
Serîez-vous la main qui soulève Un pan du voile défendu, Le voile qu'au devant du rêve Un Dieu sévère a suspendu ?
Puisqu'il ne laisse de Tétoile Parvenir qu'un faible rayon, Lâchez, lâchez ce coin du voile Soulevé par dérision.
Ou plutôt, nymphe que j'adore, Forme dont mes yeux sont remplis, Ah ! retenez ce voile encore, Mais levez-en les derniers plis !
YII
Oh ! cède à mon désir farouche Que je te brise entre mes bras...
Je sais aux lignes de ta bouche De quel vin tu m'enivreras.
A tes yeux, à ta chevelure, Je pressens les transports d amour Qu'en se déliant, ta ceinture Laisserait éclater un jour !
YIII
Vénus dans le ciel nous éclaire !
Fuyons tous les deux éperdus Loin du monde et de sa colère, Là-bas, d'où l'on ne revient plus !