LASSITUDE
A A. Lacaussade,
Je quitte ces vergers où j'ai passé ma vie. Noël Fra.nce.
A mi côte, lassé de la pente gravie,
Atteint par le regret et quitté par l'espoir,
C'est à travers des pleurs que j'aperçois la vie
Et tout, dans mon cerveau, se peint sur un fond noir
86 LA LAMPE d'argile
Sur ce fond, toute chose en s*éclairant me montre L'antique vanité de l'œuvre et de reffort. Tel Siddharta, frappé par la triple rencontre : Je médite le mal, la vieillesse et la mort.
Ce n'est pas que je sois surpris par la souffrance, Moi qui l'eus pour compagne au jour que je suis né ; Mais le laurier futur, le myrte en espérance Jadis me faisaient croire à mon front couronné.
Je sais bien aujourd'hui que pour ce front d'esclave Ni myrte ni laurier ne sont prêts à fleurir. Et qu'un amour stérile ainsi qu'un flot de lave A desséché ce cœur, qu'il aurait dû nourrir.
Adieu donc, mes amis, mes travaux, ma jeunesse. Lieux pénibles et doux, témoins des jours sacrés, Quand j'osai, sur la foi d'une vaine promesse, Po usser mon rêve au seuil des horizons dorés!
Rien ne m'attire plus du côté de l'aurore.
Nature ! à d'autres yeux verse Fillusion...
Les miens, tournés à l'ouest qu'un dernier feu colore,
Pour la mort et la nuit n'ont plus d'aversion.
SGABIEUSES 87