PRELUDE I I
La mort de Plautien n*était qu'un premier crime ! C'est lui-même qui met trop longtemps à mourir... Et Sévère pourtant n'a point osé férir Gomme l'osa Brutus, le consul magnanime.
Est-ce donc pour cela que par monts et forêts Il chevaucha, saignant de plus d'une blessure ? Qu'il a dormi jadis tout armé sur la dure Et dans son casque bu l'eau trouble des marais ?
Ce fils, ce Bassien cher aux légionnaires (Car il aime auprès d'eux à manier l'outil, La truelle, ou le pic, ou la hache), qu'est-il? Un bouffon aux instincts charnels et sanguinaires»
Il le voit, dès demain, ivre d'égorgement. Dissiper en plaisirs l'épargne paternelle, Et de son œuvre, à lui, qu'il rêvait éternelle, Par des vices nouveaux hâter l'effondrement.
Mais le César sémite à la barbe de neige Oppose, malgré l'âge et les infirmités.
L'invincible rempart des fortes volontés Au dégoût, au remords peut-être qui l'assiège.
Il meurt, farouche et seul de la mort des lions ; Et lorsque le tribun de garde se présente. Rouvrant avec effort sa lèvre agonisante, Il donne pour dernier mot d'ordre : Travaillons.
A l'heure ou la plus lente illusion s'envole. Où la blême clarté que projette la mort Nous montre le néant au terme de l'effort. Vieillard désabusé î telle fut ta parole.
A l'heure où nous voyons le but s'évanouir, Tel fut ton jugement sur l'homme et sur la vie : Une loi de travail tient la terre asservie, Et le lâche, lui seul, refuse d*obéir.
La vie est pour nous tous une guerre sans trêve ; Tant qu'on se bat encor, fût-ilcouvert de sang, iNul soldat n'a le droit d'abandonner son rang Et de jeter pour fuir sa cuirasse et son glaive.