‹ Poésies complètesChapitre 41 sur 153 · REGRETS · texte numérisé non relu

REGRETS

A Pierre de Nolhac.

Ce soir, le livre attend grand ouvert sous la lampe. A demain le travail ! je veux rêver, ce soir. Je souffre : à flots pressés le sang me bat la tempe ; Ma chambre est solitaire, au dehors il fait noir.

Toujours avec la nuit le souvenir s'exalte ! Et j'évoque le temps où, par un clair chemin, Nous marchions au-dessous des orgues de basalte, Foulant le sol arverne et le pavé romain.

Chamalières ! Yillars ! lieux de tendre mémoire ! Justine de Liron dans votre ombre a passé. Vallon qui fus témoin de sa touchante histoire. De quel pieux regard nous t'avons embrassé !

Arbres de Beauséjour, et toi clocher d'Aubière, Vignes que Montaudou fait mûrir à ses flancs, Et toi, dans tes circuits, ô route famihcrc Où le vent court avec de longs tourbillons blancs !

AUVERGNE lOI

Vous, Romagnat caché dans un pli de verdure, Nohnent trahi de loin par le bruit des battoirs, Vous, robustes noyers, vieux saules en bordure, Et peupliers si fins sur le ciel vert des soirs I

Que de fois, prés en fleurs, rochers, sources, ravines, Volcans oii dans la cendre ont germé des lilas, L'esprit tout embaumé de vos odeurs divines. Vers vous, muets amis, j'ai ramené mes pas !

Non ! ce n'est pas en vain, terre consolatrice, Qu'en ton mâle repos tu m'auras accueilli ; Si l'abandon succède au vulgaire caprice, Le véritable amour ne connaît pas l'oubli.

Que d'autres, la plupart, dans leur ingratitude Ne songeant plus qu'à peine aux ciels qui leur ont lui. Aux chemins dont leurs pieds avaient pris l'habitude, Vers l'horizon nouveau se tournent sans ennui :

Tant qu'à travers les jours je resterai moi-même, Tant qu'un souffle de vie animera ce corps, Mon cœur, tout plein des noms et des choses que j'aime, Avare du passé, gardera ses trésors.

Page 1