A M. H. LUGUET
Le roman d'Eugène Fromentin, Dominique, cette immortelle élégie.
Donc vous avez parlé d'immortelle élégie En le nommant, ce livre où ma jeunesse en deuil, Surprise tout d'abord de se voir réfléchie. Reconnut sa faiblesse et son secret orgueil.
Vous ignoriez alors, mais vous savez peut-être Que ces mots prononcés vous ont fait un ami. Le disciple parfois devient l'ami du maître ; Le culte par Famour n'est que mieux affermi.
AU FIL DES JOURS iBy
Votre œil calme et perçant sonde la nuit des âges, Et ce n'est pas à vous que l'on peut rien cacher. Vous devinez les cœurs aux lignes des visages ; S'ils ont un point secret, vous savez le toucher.
Soyez toujours ainsi ; que vos paroles sûres Fassent courir en nous un intime frisson. Rouvrez, rouvrez encor les anciennes blessures Au cœur qui malgré soi subit la guérison !
Soyez doux et pensif, soyez sévère et tendre ; Secouez la torpeur de notre lâche oubli, Afin que nous sentions, venant de vous entendre, En nous se ranimer l'idéal affaibli.
Si l'abeille d'Hellas se plaît sur votre lèvre, La colombe du Christ ne fuit point votre front ; Double et rare bonheur dont le siècle nous sèvre Pour nous punir d'un double et téméraire affront.
Evangile et Phédon, la manne et l'ambroisie : Tels sont les purs festins où vous nous conviez... Ah ! puissions-nous marcher, sur la trace choisie, Des jardins d'Acadème au mont des Oliviers !
Puissé-je, délivré de mes fièvres arides,
Prendre ma part aussi de la sérénité
Qui luit dans votre œil clair et sur vos traits sans rides,
Et que vous rend facile un bonheur mérité !
l58 LA. LAMPE d'argile
LAGORDAIRE
A Charles Michel,
Je serai entendu de ce siècle dont j'ai tout aimé.
Parole du P. Lagordaire.
Dominique s'honore en sa postérité De ce grand orateur mystique et populaire Qui, sous le manteau noir et le blanc scapulaire, Gomme un tribun moderne, aima la liberté.
Jamais il ne s'arma que de la charité, Abandonnant à Dieu le soin de la colère. Pour défendre le pied de la Croix séculaire Que veut déraciner l'ingrate humanité.
0 moine plein d'amour pour ton siècle incrédule ! Les fleurs de Dorothée ont fleuri ta cellule, Leur parfum t'a donné l'angélique vigueur ;
Et tu pus croire un jour qu'à ton cri de tendresse Ce siècle, aimé par toi jusques à la faiblesse, Voyait tes bras ouverts et tombait sur ton cœur.