EN VOYAGE
Les rangs de peupliers et les bouquets de chênes Défilent sous mes yeux avec rapidité...
Dans le pressentiment des extases prochaines, Mon cher ange I vers toi je me sais emporté ;
Vers toi qui, sous ton front d'amoureuse et de muse. Gardes fidèlement l'image de l'absent, Et, comme en tes yeux clairs, sur ta lèvre sans ruse Le triomphe et l'aveu de notre amour croissant.
Combien de fois, depuis ma jeunesse nomade, Sur ces lignes de fer j'ai roulé tout un jour ! J'appuyais dans un coin mon front triste et malade. Sans regrets au départ, sans souci du retour.
Mais aujourd'hui voici que l'amante rêvée Compte l'heure au cadran et veille sur le seuil. Je t'évoque en mon cœur, charme de l'arrivée, Premiers baisers, émus du trouble de l'accueil !
En son serpentement de couleuvre massive,
Le train, par la campagne où tout se fait obscur,
Me rapproche de toi, tête blonde et pensive,
Et d'un bonheur d'autant plus doux qu'il est plus sûr.