‹ Poésies complètesChapitre 95 sur 153 · BUC0L1QU · texte numérisé non relu

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Mais, dépouillant nos cœurs avant qu'il nous délivre, L'âge ôte le désir et la force de vivre ; Hélas ! j'ai désappris les travaux coutumiers.

Comme le vieux berger que chantait mon Virgile

Et dont s'alourdissait le pas longtemps agile,

Au coin d'un bois les loups m'auront vu les premiers.

Le silence se fait dans la plaine ; la brise

S'apaise; le soir tombe, et sur la route grise

Cette blancheur — là-bas, — amis, c'est un tombeau,

Il est temps de revoir le foyer plein de cendre.

Et de me résigner, sans retard, à suspendre

Au ti'onc d'un pin sacré mon dernier chalumeau.

Préparez pour demain vos chansons funéraires ! Vous seuls savez chanter, Arcadiens, mes frères, Qui m'écoutiez hier nommer Amaryllis.

Je veux que par vos soins ma tombe se décore : Ainsi mon souvenir pourra durer encore - Autant qu'en sa fraîcheur votre moisson de lys.

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JOAGHIM DU BELLA.Y

La Muse avec amour sans doute aura souri, Du Bellay, quand ta prose, à ses leçons sujette, Disait que notre langue était l'humble vergelte Qui, faute de bons soins, n*a pas encor fleuri.

Le lait du Palatin et le miel de l'IIymctte Depuis ont arrosé l'arbuste et Font nourri ; C'est un arbre où les fruits en tel nombre ont mûri Qu'il faut qu'à l'honorer l'univers se soumcltc.

Aurais-tu pu prévoir, en ta docte ferveur,

Que nos fils renieraient un jour la source antique

Pour le maigre filet d'eau trouble et sans saveur

Qui, filtrant avec peine à l'âpre sol gothique, Eût laissé dépérir, dès ses premiers matins, La plante dont ton cœur pressentait les destins ?

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