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L'ANCIEN CHAMP DE MARS

A Georges Druilhet.

Parmi les souvenirs qui hantent mon cerveau, Dans les rêves qui font qu'en ce Paris nouveau Les cœurs comme le mien se sentent solitaires, Le Champ de Mars, aux jours des fêtes militaires, M'apparaît, tel qu'enfant je l'ai vu par deux fois : Immense et fourmillant de troupes. Je revois, Le long du mur d'acier des pâles baïonnettes, Sous des casques aux crins de pourpre, les trompettes, Les poitrails alignés de leurs grands chevaux blancs. Et passer tour à tour en inflexibles rangs, Dans la poussière et dans des galops de victoire, Chasseurs au dolman vert orné de tresse noire, Dragons au plastron blanc et hussards bruns et bleus Portant le plumet droit ou les crins onduleux, Les lanciers éclatants d'azur ou de jonquille Et les carabiniers sous la rouge chenille,

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Et dans le roulement des canons, des caissons Dont s'ébranlent au loin les vitres des maisons, L'artilleur de la garde étincelant et sombre, Attirant les regards éblouis du grand nombre. Or et noir, et coiffé du colback de poil d'ours ; Et puis les fantassins dans le bruit des tambours. Grenadiers, voltigeurs aux visières de cuivre, Défdé de héros dont le tumulte enivre Jusqu'au rêve de vaincre ou mourir avec eux Les plus faibles de nous et les moins belliqueux. Ah ! les visages francs aux sévères moustaches ! L'aigle d'or des shakos, celui des sabretaches Reluisaient au soleil de ces jours oubliés ; Hommes, chevaux, pressant leurs pas multipliés. C'était l'espoir, intact encor, de la patrie Qui passait sous les yeux de la foule attendrie, La parure d'un règne et son luxe viril, La promesse d'honneur en face du péril. Et la fête de ceux qui, pour sauver leurs frères. Allaient bientôt cueillir des lauriers funéraires. C'étaient vous, les blessés, les mourants de demain,. Ceux qui, loin du foyer, dans la fièvre et la faim. Traînant leurs pieds meurtris par les routes de France ^ Devaient s'offrir captifs pour notre délivrance. Devaient donner leur sang pour nous en mettre au cœur,. Alors que la victoire étonna le vainqueur. Et rougit à jamais le talon de sa botte ! C'étaient vous, les héros futurs de Gravelotte,

Wissembourg, Reichshoffen, noms cruels et sacres ! Soldats éblouissants, officiers chamarrés, Après avoir ravi les enfants et les femmes, Il vous restait encore à nous montrer vos âmes, Et si des cœurs battaient sous tant d'ors et d'aciers, Sous la pourpre et l'azur dont vous resplendissiez 1 Dans l'infortune, prompte à l'injustice amère, Vos fils ont pu poursuiATC une erreur éphémère Et condamner, du fond de leur triste repos. Ceux qui pour eux sont morts autour de nos drapeaux Plus justes, les vainqueurs confessent à l'histoire Quelle fut voire part épique et votre gloire Et contre quels destins, par la ruse apprêtés, Sous l'inutile airain vos cœurs se sont heurtés. Osons dire qu'il est de si nobles désastres Qu'il sied que notre voix les porte jusqu'aux astres ; Que le succès n'est rien en ce monde mortel. Et qu'auprès des aïeux vous prenez place au ciel Dont les routes, devant les lâches refermées, Yous ont menés tout droit vers le Dieu des armées !

AUTOUR DES ITÎVALIDES 247

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