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AUTOUR DES INVALIDES

A Fernand Engerand.

Soit du fond d'une large et déserte avenue. Soit de ce vert coteau que blanchit Bellevue, Palais sacré ! je t'ai contemplé bien des fois ; Surtout quand le soleil d'après-midi riantes Frappait tes casques d'or aux visières béantes Et, plus haut dans le ciel, le globe avec la croix !

Et si l'ombre éteignait l'or de ton armature, Si le gaz tout autour brillait dans la verdure Etoilant les trottoirs droits et silencieux, Le fantôme surgi du César de sang corse, Son âme qui conçut la gloire dans la force. Faisaient ton noir profil plus épique à mes yeux.

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Tes canons, monuments des pures fonderies. Aux fûts de bronze vert illustres d'armoiries, Je les ai doucement parcourus de mes mains : Tous beaux, les uns ornés des monstres de la Chine^ Et les autres portant sur leur énorme échine Le luxe féodal des vieux blasons germains.

Nos aïeux, prodiguant le trésor de leur veine.

Les ont poussés jadis sur les rives de Seine

Des remparts de Berlin ou du Palais d'Eté.

Près d'eux, comme eux couvert d'emblèmes et de dates,

Le canon Louis Seize aux formes délicates

Evoque un monde jeune épris de liberté.

Civique illusion ! brève et candide aurore ! Midi sur les fronts nus ne pesait pas encore ; Le jour s'annonçait pur et ne laissait prévoir Ni labeur trop ingrat, ni tempête, ni foudre, Ni les blés piétines dans la fange et la poudre. Ni sanglant incendie à l'horizon du soir.

Jamais heure ne fut plus douce et plus humaine. Noblesse ! tes enfants désarmaient toute haine : Tu te nommais d'Estaing ou Lameth ou Ségur. Pour la cause d'autrui tu cherchais la victoire ; En échange d'un peu d'idéal et de gloire Nul effort à ton bras ne paraissait trop dur.

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Tu suivis sur les mers le brillant Lafayette

En ces jours d'aventure où la France inquiète,

Fière de relâcher son antique lien,

Croyait encore au trône, et voulait, dans ses rêves,

Greffer les fleurs de lys sur l'arbre aux jeunes sèves

Que l'on coiffa plus tard du bonnet Phrygien.

Aux fabuleux exploits que le bronze raconte Je sens en moi frémir une tardive honte, Et je songe à la mort des aïeux souriants. L'ombre des bataillons en marche m'enveloppe. Et le bruit de leurs pas sur les routes d'Europe Agite malgré moi mes pieds impatients.

0 République î Empire ! ô souvenirs de Rome ! Poèmes qui chantiez dans mon cœur déjeune homme L'accord de l'avenir et de l'antiquité I Patrimoine latin de la France, ma mère... Gomme l'inaction alors me semble amère.

Comme ma main voudrait un glaive à mon côté !

Une plume... et c'est tout ! Au lieu de vivre, écrire î

Penser ! et sur soi-même amèrement sourire...

Rien ne nous rendra donc les jours des Trois Couleurs,

Le baptême de sang où se trempaient les âmes.

Et les arcs triomphaux, et les bras blancs des femmes

Vous jetant, au retour, des rubans et des fleurs !...

Du moins je vous honore, 6 combattants, nos pères ! Vos fils, dans les maisons que vous fîtes prospères, Ont méprisé i'épée et noirci du papier. Ils ont, en leur discours, renié votre exemple ; La peur, seule déesse ayant chez eux un temple, Pourrait, avant longtemps, le leur faire expier.

Inspirant leurs conseils, dictant leurs défaillances, La reine du mensonge et des lâches silences Les pousse sur le bord d'un tombeau sans honneur. L'or échappe à leurs mains, la terre se révolte ; Sur la ville appauvrie et les champs sans récolte L'Esprit faux a lâché son souffle empoisonneur.

Tel, en te contemplant, mon rêve s'humilie.

Dôme, où, dans le silence ingrat ensevelie,

La gloire d'hier dort avec les vieux drapeaux !

Il est heureux celui qui naquit à son heure

Et ne te connaît pas, blessure intérieure,

Dégoût de ce qui fait l'orgueil des jours nouveaux.

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