‹ Poésies complètesChapitre 14 sur 52 · CHANT D'OISEAU · texte numérisé non relu

CHANT D'OISEAU

Par un beau jour de printemps Nous déambulions de ci de là dans l'allée, Par son mystère l'endroit défendu Nous attirait.

La brise qui venait de l'Ouest était douce,

Bleu était le firmament.

Dans les branches d'un tilleul

Chantait une oiselle qui nourrissait ses petits,

Et moi je sertissais de mille couleurs De poétiques tableaux.

Et deux grands veux bruns s'étonnaient Et riaient de mes peintures.

78 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Sur nos têtes le pépiement des oisillons S'unissait aux chants des oiseaux.

Puis nous nous sommes quittés, Et jamais nous ne nous sommes revus.

Et maintenant quand seul Je viens errer dans cette allée, Les cris et les chants des oiseaux Me poursuivent toujours.

La fauvette nous a entendus.

Des paroles que nous échangions

Elle a fait un poème

Et elle le redit avec une musique de sa composition.

Ce poème tous les oiseaux le chantent, Car dans leur retraite verdoyante Tous ces petits chantres

Célèbrent le souvenir de cette adorable journée de printemps,

A une dame suédoise.

Dresde, décembre 1870.

Eh bien, je vais essayer aujourd'hui,

Moi dont le long silence

Si contraire à mes engagements

Me fait craindre d'avoir perdu ma cause,

Moi qui laissai derrière moi à Stockholm

Tant d'affectueux sentiments de gratitude,

Moi qui fus l'hôte du pays des Pharaons

Et soulevai un coin du voile dTsis

Et qui ai jusqu'à la date de ce jour

Oublié la parole donnée

Et jurée sur le « Lyrau » au dernier soir.

Pourrais-je en ces quelques vers

M'acquitter quelque peu de ma dette?

80 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Oserai-je le faire ? En ai-je encore le droit ? Mais Dieu me pardonne ! qui de nos jours se préoccupe

du droit ?

De nos jours les questions se tranchent Uniquement par la force.

Je déclare donc nettement : que je le veux ainsi. Cependant contrairement à l'usage prussien A votre bonne grâce je ferai aussi appel Et je vous prierai de vous montrer clémente Pour mon absence et pour mon silence.

Je vis ici comme maintenant

On vit à Paris,

Au milieu de lourds Allemands au langage héroïque

Qui veulent par la force régenter le monde.

Bravades, cris et drapeaux agités en l'air,

« Wacht am Rhein »... Voilà ce qu'on appelle la poésie.

Je suis ceinturonné par ce cercle.

Eh bien ! croyez-moi, souvent Je trouve la ceinture bien étroite.

Hâbleries de brasserie et mensonges politiques, Voilà la viande creuse qu'on me sert.

Et dans le journal de la ville,

Où les vers allemands boitent sur des pieds inégaux

C'est encore la même nourriture qu'on m'offre.

Gela me convient à peu près autant

Qu'un ragoût de rats à un Parisien.

Mais c'est pire encore, quand m'arrive ici l'écho De notre Nord lointain.

Pire encore ! quand la foi que me donnent le soleil et le

printemps Meurt sous les coups des canons Krupp.

Par delà les appels à la barbarie L'avenir s'écroule avec les ruines, Les cris et les détonations !

Alors moi-même désarmé Je me désespère devant mon beau rêve évanoui.

Donc à vous dire vrai,

C'est la nécessité qui maintenant m'oblige

A vous adresser cette lettre.

Je la confie à ce ballon qui s'enlève,

Car je n'ai point de pigeons.

Les pigeons sont des gages d'espérance.

82 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Et dans le tombeau humide où je suis,

On ne trouve que des corbeaux et des hiboux.

Transmettre par d'aussi vilains oiseaux

Une missive à une femme, cela ne serait pas galant.

Vous le savez, n'est-ce pas ? l'an dernier,

Quand le ciel du Malarn s'est assombri,

Quand le froid est venu nous mordre

Et jaunir aussi les feuilles,

Je m'enfuis vers les rives du Delta.

Là je trouvai des jours ensoleillés

Où les reflets de la lumière

Brillaient du même éclat que sur les glaces de nos fjords,

Les palmiers et les sycomores

Baignaient la terre d'une ombre d'un bleu verdâtre.

Et l'Arabe et ses femmes

Assis sur le dos élevé du dromadaire

Traversaient le désert sous nos yeux.

La première fois qu'un naïf homme du Nord

Les vit ainsi, il cria étonné :

« Mais voyez donc, voici des autruches ! »

Du Caire nous avons remonté le Nil Portés par le Férus agile comme une flèche.

Et nous avons visité cette pyramide de Cheops

Devant laquelle Napoléon parla,

Tandis que méditait le Sphinx

Qui du reste médita avant, pendant et après.

Dans les tombeaux de Béni Hassan

Nous nous sommes glissés à plat ventre.

Les siècles les ont terriblement maltraités,

Et il serait vain de chercher à dénombrer ces siècles ;

Ce qu'on sait,

Si Ton veut en croire les égyptologues,

Et pour nous nous les croyons sur parole !

C'est qu'ils ont été construits dans ce passé nuageux,

Où Pharaon était Dieu

Et Monsieur Putiphar ministre,

Et que ce fut l'associé de Monsieur le ministre,

Joseph, fils de Jacob, qui les fit élever.

Le fameux colosse de Memnon, ce colosse de pierre Qui une seule fois, vous ne l'ignorez pas, a chanté, Nous l'avons aussi visité par un beau matiu, Mais le vieux n'ouvrit pas la bouche.

Il boude comme un poète

84 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Depuis le temps où le nommé Gambyse

L'a visité et traité d'une façon quelque peu brutale.

C'est ainsi que nombre de poètes se montrent suscep-

tibles Et qu'ils en perdent la voix, les imbéciles !

Et il ne leur reste plus que l'admiration publique

Pour les récompenser de leur chant envolé vers le soleil.

Ainsi vit le vieux Memnon

Sur la réputation d'un chant depuis longtemps fini. 11 n'en encaisse pas moins l'or qu'on apporte en tribut. Vêtu de son antique gloire,

Il ne donne pas seulement audience aux grands de ce

monde, Il fait même accueil aux Norvégiens de Norvège Gomme moi et Peer Gynt.

Mais comment vous dire entièrement Ce rêve qui dura six à sept semaines ? Acceptez donc, je vous en prie, Ces simples vers tracés hâtivement, Et qu'ils disent tous ma vie aux pays ensoleillés Alors que je remontai le fleuve, où s'agitent les crocodiles.

Il serait fou de rechercher à tracer avec des mots

L'existence de pacha que nous menions

A bord des quatre arches de Noë,

Je dois vous dire qu'il y en avait quatre grandes

Sans compter deux petites.

A bord du Férus on nourrissait

Trois ours venus de nos pays du Nord ;

Onze coqs français,

Quatre étalons espagnols,

Tout feu tout flamme,

Qui caracolèrent habilement,

En faisant des pas dignes d'El-Oler.

Après avoir énuméré nos serviteurs du bord

On tomba d'accord

Que les ânes étaient suffisamment représentés.

11 y avait aussi un cerf suisse,

Un échantillon d'une race amphibie

Qui se plaît entre deux eaux.

On comptait, bien entendu, une soixantaine de sangliers

De la vieille Allemagne ;

Ils étaient parfaitement apprivoisés !

Cependant il y en avait une paire très farouche

Et très militaire, comme variété d'une môme race. Ajoutons à cela un moucheron brésilien, Et nombre de petites bêtes, connues...

Mais, c'est assez !

Essayez de vous imaginer le drogman Conduisant notre caravane de Test à l'ouest Pour contempler les gigantesques ruines de l'antiquité. A travers le sable jaunâtre du désert, Nous partions légèrement comme portés par des ailes, Bien qu'en réalité l'expédition Fût véhiculée à dos d'âne,

Ou à dos de chameau pour les plus courageux d'entre

nous !

Quelle était notre joie et combien disparate était notre

groupe !

Seul l'homme naïf,

Celui qui prenait les dromadaires pour les autruches, Se montra difficile pour accepter ce moyen de transport. « Des ânes ! criait-il, sont-ce des animaux « Dignes d'un journaliste ?

« Il me faut un coursier de plus rapide allure, « Vauriez-vous pas ici un hippopotame pur sang ? »

Je ne vous dirai rien De Luxor, Denderah, Sakharah, D'Edffin, Assuan et Philœ ; Passons rapidement,

Et arrêtons-nous seulement quelques instants Pour une description de Sahara.

Vous avez certainement entendu dire Que les caravanes, alors qu'elles s'avancent A travers les sables du désert Et que sous le souffle du simoun S'entr'ouvrent les profondeurs du sable, Aperçoivent des ossements et tous les vestiges de la

mort.

Ou plutôt, la caravane traverse des rues fantastiques, Où la nature vivante combinée avec la nature morte, Sous Faction du temps, Enfante uii art singulièrement macabre.

Des côtes, des épines dorsales, des ossements Se dressent semblables à des colonnes.

Les crânes de chameaux Tiennent lieu de chapiteaux renversés ; Les dents aux teintes jaunâtres Forment des balustrades ;

88 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Les doigts qui se dressent Semblent des débris de toitures, Tandis que les lambeaux de vêtements Apparaissent comme des restes de draperies des fenêtres.

Représentez-vous maintenant cette image Mise bien en relief par le soleil dans la morne tranquillité

du désert ; Voyez-la grandir d'une façon démesurée, Monter, monter, mille fois monter.

Comparez tous ces personnages de la tombe A une caravane des temps passés Pétrifiée subitement en pleine vie, Et vous saurez maintenant ce qu'est la vie en Egypte.

Oui, c'est ainsi. Au matin des âges

Une caravane partit.

Ce furent d'abord des prêtres qui s'avancèrent,

Ils portaient des livres de science hiéroglyphiques;

Des Dieux-Rois et des Rois divinisés

Traversèrent les steppes séculaires.

Isis et Osiris se tinrent

Hiératiquement enveloppés dans leur dignité muette,

PAR HALLON 89

Penchés légèrement sur leurs selles, Horus, Hator, Tlime et Phtah, Amon-Re et Amon-Ra Etincelèrent de toute part, Et ils illuminèrent la foule qu'ils traversaient. Apis aux cornes d'or Suivi de millions d'esclaves S'avança le long des rives du fleuve.

Là où campe la caravane Se dressèrent des pylônes et des sphinx. Au-dessus des tombeaux et en mémoire des victoires

remportées, On lisait des inscriptions Gravées en images sur les obélisques.

Les fûts brisés de mille temples disparus Indiquent les traces des nations qui par là passèrent. Ces pyramides sont l'image des tentes

Où reposèrent ces peuples.

Puis c'est le souffle du Nord

Qui, semblable à un ouragan, s'éleva sur la mer de sable

Et dispersa jusqu'aux traces de la caravane.

Les prêtres furent renversés, les rois s'effrondrèrent,

90 POÉSIES COMPLÈTES D'iHSEN

Même les Dieux furent réduits en poudre. Pharaon et toute sa cour

Demeura enseveli pour jamais dans le sable de l'oubli. Tout se tut, et le silence et la mort Régnèrent où était passée la caravane.

Ensevelis pendant mille ans dans le sarcophage Sans lumière, comme une momie Enveloppée de bandelettes, Ainsi furent réduits en poussière Quatre mille ans de civilisation.

Et ce sont ces suprêmes vestiges

De la caravane du passé, que nous, les hôtes du khédive, Nous avons recherchés jusqu'à la frontière de la Nubie. Nous avons vu le fellah Travaillant dans cette solitude d'Abydos ; Et plus bas, vers le Sud, Nous avons rencontré Cette forêt de colonnes de Karnak

Semblables aux ossements gigantesques d'un temps

préhistorique.

Les chapiteaux de Rhamsès Gisaient comme des crânes de chameaux ; Les cent colonnes du temple de Luxor

PAR I1ALLOX 91

Paraissaient autant de bras portant les anneaux de

F esclavage Et silencieusement affirmaient le : Sic transit gloria mundi.

Cette image m'a poursuivi

Dans tous mes voyages.

Ainsi l'esprit divin planait sur les eaux !

Et cela est un symbole.

En effet, comme Thor, qui fut le premier

Dans la sauvage assemblée des Dieux du Nord

Se trouve encore dans nos fêtes de Noël,

Ainsi les Dieux morts de la Grèce

Subsistent encore,

Zeus est encore auCapitole.

Ici comme Jupiter-Tonnant, là comme Jupiter-Stator.

Mais les Dieux de l'Egypte ?

Oue sont devenus Horus et Hathor ?

Pas la moindre trace de ces divinités,

Aucune légende même

Ne peut en être retrouvée.

Il est aisé de répondre :

Ouand l'originalité fait défaut,

92 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Quand la forme extérieure ne renferme rien,

Ni haine, ni douleur, ni joie,

Si Ton ne sent pas les pulsations de la vie,

Si le sang ne bleuit pas les veines,

Tout cela n'est alors qu'un vain décor,

Armature de squelette.

Comme puissante, humaine et vraie est cette Junon,

Dans l'ardeur de sa furieuse jalousie

Lorsqu'elle surprend le délit de son vieil époux !

Combien vivant aussi est Mars

S'agitant sous le filet des mailles dorées !

Mais les Dieux de l'Egypte ? Qu'était-ce ? Des chiffres, dénombrés côte à côte.

Quelle figure faisaient-ils dans la vie ? Ils existaient simplement.

D'attitude raide et compassée, leur rôle consistait à

demeurer assis Sur le trône, qui avoisinait le foyer du sacrifice. L'un portait un bec d'épervier, L'autre était chargé de plumes d'autruches ; L'un déifiait le jour, L'autre représentait la nuit ;

Celui-ci telle chose, celui-là telle autre ;

Aucun d'entre eux n'a vécu.

Aucun n'a péché,

Nul autre n'a vaincu le péché.

Et c'est pourquoi après quatre mille ans

La vieille Egypte n'est plus qu'une chose innomable,

Qui gît dans une crypte.

Voyez-vous, chère madame,

Assiégé comme je le suis,

Je m'enferme dans la tiédeur de mon appartement

Pour vivre de la vie intérieure.

Quand je sors, en effet, l'espérance m'abandonne

Comme ces oiseaux migrateurs

Qui s'envolent à l'automne,

Mais quand je me renferme en moi-même,

Je vois reverdir la primevère et l'espérance,

Et sur le sable où dorment les caravanes défuntes,

Je trace les voies de l'avenir.

Fatalement les peuples gravissent Un éternel escalier tournant ; L'horizon est toujours aussi borné

94 POÉSIES COMPLÈTES d'iBSEN

Et la route aussi étroite.

Le désir de parvenir toujours plus haut

Est bien au cœur de tous,

Mais le faîte reste toujours aussi lointain,

Et maintenant nous sommes au zénith

De l'âge des Pharaons.

Et pourtant aujourd'hui l'idole vide

Se dresse encore sur le trône ;

Encore aujourd'hui l'originalité se noie dans la masse,

Dans la foule qui travaille, qui lutte,

Qui s'agite, qui produit, qui réfléchit et qui pense.

Encore aujourd'hui s'érige la pyramide.

La résultante de toute l'époque.

Le monde entier fait toujours le même effort,

Et coule toujours le flot du sang et des larmes

Pour qu'apparaisse immense aux yeux de tous

Le tombeau où repose l'idole vénérée.

C'est la caravane d'aujourd'hui Avec son Hathor et son Horus, Y compris le chœur approbateur, Et après son passage victorieux Quelle pyramide ne dressera-t-on pas ?

Quelle force contient l'enthousiasme d'un peuple !

(Iliaque membre de la foule est un Egyptien

Qui apporte son caillou

A la grande œuvre en construction.

Juste est le calcul

Comme irréprochable est le plan de F architecte.

En vérité la lourde masse est imposante,

Elle fait bâiller le public d'admiration ;

Toutefois il s'arrête la bouche mi-ouverte,

Car la foi commence à lui faire défaut.

Cette grandeur est-elle la vraie grandeur ?

Qu'est-ce qui fait la grandeur d'une œuvre ?

Non son résultat immédiat,

Mais l'originalité personnelle de son créateur,

Qui se révèle dans la facture tout entière de l'ouvrage,

Et maintenant ! cette tourbe d'Allemands

Qui envahit Paris,

Quelle personnalité les guide ?

Quel héros personnifie leur victoire ?

A quel moment leur triomphe

S'est-il réalisé en un chef glorieux

Dont le nom fut célébré par des millions de bouches

96 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSKN

Et dans chaque foyer ?

Mais non ! c'est le régiment, c'est l'escadron,

L'état-major — aliàs les espions,

La meute enivrée par la curée.

Et c'est pourquoi je suis convaincu

Que la gloire leur fera défaut.

Cette chasse ne trouvera jamais son poète,

Et la vie n'appartient

Qu'à ce qui est chanté par le poète.

Oh ! imaginez-vous seulement Gustave-Adolphe,

Qui ne fut que le premier de ses soldats.

Représentez-vous le prisonnier de Bender ;

Peder Vessel sur la frégate,

Tel qu'un éclair dans la nuit noire,

Et les héros joyeux de la mer du Nord.

Autour d'eux un cercle joyeux se forme

Et gaiement on bat des mains

Gomme aux fêtes printanières

Au milieu des tentes enguirlandées i Et maintenant comme opposition Voyez ces vainqueurs du jour, Ces Fritz, ces Blumenthaler

Et: « Messieurs les Généraux! »

Numéro tel et Numéro tel !

Sous les couleurs mortuaires de la Prusse,

Sous la bannière endeuillée de noir et de blanc,

L'action ne s'envole pas comme un papillon ;

Gomme la chenille dans son cocon

Elle fera son œuvre, mais elle périra au milieu de sa soie !

Car l'épée se retourne contre la Prusse

Et sa victoire porte en elle

Les germes de la mort !

Aucune flamme enthousiaste

Ne peut naître de l'arithmétique d'un ingénieur.

Aucune strophe ailée ne peut s'envoler

Sur le vélin le plus satiné.

Ce que je dis irritera certainement la foule vulgaire

Et on me traitera fort mal ;

Mais j'ai un tel dégoût de la plèbe !

Et comme je n'entends pas que mon vêtement

Soit exposé au contact malpropre du populaire,

J'attends les temps nouveaux

Dans mon habit nuptial !

Et après ces mots, pars maintenant, ballon ! Envole-toi ! Adieu, va !

L'espace est le royaume de la poésie.

Va vers le Nord et descends

Près les bords de Mœlar.

Il est plus aisé d'atterrir là

Que sur les cimes de Telemarken.

Un sylphe est dans la nacelle ; Je souhaite de bientôt apprendre Qu'avec son mince bagage, De poésies et de pensées légères, — Il a jeté l'ancre à Norrmalm.

LE NENUPHAR

Vois, mon trésor aimé î je te porte, Cette fleur aux corolles diaprées Que sur le flot silencieux, la vague berçait en un rêve printanier.

Veux-tu l'emporter jusqu'à ta demeure ?

Alors ornes-en ton sein, ma bien-aimée ! Et sous ses feuilles sera cachée une onde profonde et silencieuse.

Enfant, prends garde de rêver trop près du flot trompeur !

\2ondin simule le sommeil sous les lis qui s'entrecroisent.

Ton sein, chérie ! c'est ce flot léger, Il est dangereux de rêver près de lui ! Les lis s'entrecroisent à la surface et rondin simule le sommeil.

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