‹ Poésies complètesChapitre 22 sur 52 · LA SALLE DES FETES DU ROI HAKON · texte numérisé non relu

LA SALLE DES FETES DU ROI HAKON

Vieille demeure aux murs gris,

Où le hibou construit son nid,

Tu me fais penser lorsque je te contemple

Au roi Lear vivant au milieu des landes.

Lorsqu'il livra sa précieuse couronne à ses filles, Et qu'il y joignit tous ses trésors, Elles le chassèrent alors par une nuit d'orage Par les routes les plus dangereuses*

Toi aussi, ô demeure, sur qui pèse le poids des années*

Ton destin fut identique

Et à une postérité ingrate

Tu accordas tes plus précieux trésors.

114 POÉSIES COMPLÈTES D'iBSEN

Tu nous donnas la riche moisson du souvenir,

Le passé aux illustrations dorées

Et cependant jamais une voix filiale

Ne te cria ses remerciements dans la nuit des temps.

Comme le vieux roi anglais, il a fallu rester ainsi Bafouée parles temps irrespectueux.

Six cents ans durant la brise t'a soufflé au visage Et s'est ironiquement moquée de ta tète grise.

Mais voici l'aube qui naît ; et voici ton peuple qui se

réveille de sa torpeur, On veut réparer l'oubli et la faute, Et mettre des pièces à ton royal manteau. Ta tète ne porte-t-elle pas déjà le bonnet du fou !

Voici pourquoi, vieille demeure aux murs gris Où le hibou construit son nid, Tu me fais penser, lorsque je te contemple, Au roi Lear vivant au milieu des landes.

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